Macron : 80 km/h

Comme la majorité des Français, je ne suis pas du tout d’accord avec la limitation à 80 km/h sur l’ensemble du réseau routier dit "secondaire" mais prioritaire pour la France profonde. Pour moi, il ne suffit pas qu’une décision soit impopulaire pour qu’elle soit courageuse ; il faudrait, aussi, qu’elle soit justement ciblée.

Le 26 octobre dernier, mon billet était intitulé "Emmanuel Macron : paresse ou cynisme ?" ; je m’interrogeais sur l’illégalité de la taxe des 3 %, sur les "travailleurs détachés", sur l’attaque virulente portée à l’encontre des HLM, sur l’amateurisme de la loi travail et sur la suppression partielle de l’ISF.

La dernière "trouvaille" de notre Premier ministre me semble exactement du même tonneau : une décision simpliste, pour ne pas dire scandaleusement "paresseuse". Il n’est pas nécessaire d’être un grand conducteur pour constater quelques évidences, souvent notées par nombre de commentateurs.

Il y a d’abord les "petites routes" de campagne, truffées de virages et de traquenards ; il est absurde d’imposer la même limitation de vitesse au conducteur de passage, qui découvre ce labyrinthe, et à celui qui emprunte cet itinéraire tous les jours ; la seule solution est de faire confiance au bon sens de chacun ; en général, cela marche assez bien.

Il y a aussi les routes secondaires parsemées de longues lignes droites aux vues bien dégagées et relativement peu chargées : la limitation à 90 km/h est tout à fait suffisante.

Il y a enfin les tronçons dangereux ; en général, ceux-ci sont parfaitement délimités, soit par la fréquence des accidents, soit par un peu d’observation élémentaire : ligne droite trompeuse, virage brutal ou mal planifié, accès nombreux et surprenants des autres plus petites routes, et, surtout, route surchargée, notamment par des poids lourds ; dans ce cas, des limitations à 80 km/h, ou même, 60 km/h, sont parfaitement légitimes.

Il ne faut pas confier le pouvoir de cette limitation de vitesse à des élus locaux qui ne peuvent pas être neutres ; il faut créer, à l’échelon national, un groupe d’experts indépendants ; ceux-ci devraient écouter les avis des diverses parties concernées ; les "défenseurs" des automobilistes ne sont pas débiles et ils savent bien que la sécurité est une priorité. On peut encore créer ce corps d’inspecteurs qui seraient habilités à relever la limitation de 80 km/h à 90 km/h ; c’est toujours plus facile dans ce sens là ! À court terme, la limitation à 80 km/h va certainement diminuer le nombre de morts ; mais, à plus long terme, elle va conforter le sentiment diffus que le gouvernement de la France prend les automobilistes pour des vaches à lait ; cela crée un climat de contestation où la priorité n’est plus le civisme mais la peur du radar qu’il faut déjouer à tout prix. "Pas vu, pas pris". Cela va jusqu’à conduire sans permis : entre deux cent mille et un million d’utilisateurs, souvent plus prudents que les autres.

Enfin, il y a beaucoup d’autres actions, un peu moins simplistes, à entreprendre. Monsieur Macron – car c’est lui Jupiter - s’imagine peut-être que le petit peuple de France lui saura gré de ce "courage" de façade ; alors, paresse ou cynisme ?

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