Depuis quelques temps, le parti écologiste (EELV) doit faire face à des batailles d’égo et des dissensions internes concernant sa ligne politique. A cela s’ajoute les velléités de Cécile Duflot de créer de son côté un "Podemos à la française".

Le parti EELV passera-t-il l’été ? La question peut en effet se poser au vu des derniers évènements qu’a traversés le parti présidé par Emmanuel Cosse.

Le 8 juin, c’est un coup de tonnerre venu des bancs de l’Assemblée nationale qui a secoué le parti. La moitié des députés écologistes, soit neuf au total, menée par Danielle Auroi, a réclamé la réorganisation du groupe EELV pour élire un nouveau bureau. Parmi ces députés "frondeurs", Cécile Duflot et Noël Mamère, deux poids lourds, comme l’indiquait l’Opinion.

Un coup dur pour François de Rugy et Barbara Pompili qui assurent la coprésidence de ce groupe et qui sont clairement visés par cette fronde. Les deux n’ont pas d’ailleurs pas vraiment apprécié la méthode employée : "Un texte avec une liste de signataires comme s’il s’agissait de l’émanation d’une forme de sous-groupe constitué en "motion" va à l’encontre du souhait de ne pas scinder le groupe en deux."

Une scission au sein du groupe risquerait d’incommoder fortement EELV qui n’aurait alors pas assez de députés (il en faut 15 minimum) pour former un groupe à l’Assemblée. En perdant un groupe dans l’hémicycle, EELV dirait aussi au revoir à l’enveloppe financière allouée à tout groupe.

Un député qui part, un autre menacé d’exclusion

Quelques jours plus tôt, le 5 juin, EELV avait déjà dû subir le départ d’un de ses députés, Christophe Cavard. Celui-ci a décidé de quitter le parti tout en restant dans le groupe écologiste de l’Assemblée, comme il le déclarait au Monde. C’est le troisième à claquer la porte du parti depuis les départs de Noël Mamère en septembre 2013 et celui d’Isabelle Attard quelques mois plus tard. Christophe Cavard fait état d’un "esprit sectaire" au sein du parti qu’il a quitté, et qu’il juge en "déliquescence".

Dans le même temps, c’est au tour d’un autre député écologiste de se faire remarquer, en la personne de François-Michel Lambert. Ce dernier a voulu adhérer à deux autres petits partis satellitaires d’EELV, ce qui n’a pas plu. De ce fait, le député des Bouches-du-Rhône est menacé d’exclusion.

Les tensions entre pro et anti gouvernement

En toile de fond de cette succession de déboires se trouve la fracture entre les écologistes qui soutiennent le gouvernement de Manuel Valls et ceux qui, après avoir soutenu le candidat François Hollande, sont vent debout contre la politique qu’il met en œuvre. Chaque projet de loi est l’occasion d’un nouvel affrontement en interne, comme avec la loi sur le renseignement où cinq députés ont voté pour, onze contre, et deux se sont abstenus. Signe de cette fracture, entre les coprésidents du groupe (pro gouvernement), François de Rugy a voté pour tandis que Barbara Pompili s’est abstenue… "D’une loi à l’autre, on se retrouve dans la même opposition, on est dans la cristallisation, regrette le député EELV Eric Alauzet, à l’Opinion. Ces postures nous empêchent d‘exercer correctement notre mandat de parlementaire."

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De son côté, le sémillant et médiatique sénateur de l’Essonne, Jean-Vincent Placé, ne cache pas son envie de rentrer dans le gouvernement, ce qui a le don d’énerver une partie de ses camarades. Surtout après la lecture du récent livre de ce dernier, dans lequel il égratigne les écologistes. "Si l’idée de certains de mes amis est d’entrer dans une opposition frontale avec le président de la République, alors il y aura une scission au sein d’EELV.", écrit-il encore dans ce livre.

Dernières provocations en date, la rencontre entre d’un côté Jean-Vincent Placé et François de Rugy et de l’autre Emmanuel Macron, le 15 juillet lors d’un forum. Il faut dire que le ministre de l’Economie porte une loi que l’aile gauche d’EELV (les anti gouvernement) combat. Plus encore, les deux écologistes vont lancer, selon l’Opinion, une structure baptisée "Les écologistes !", favorable à un retour des Verts au sein du gouvernement, "sans pour autant rompre avec le parti", souligne le quotidien.

Cécile Duflot pense à prendre le large

Déchiré entre les pro et les anti gouvernement, EELV pourrait bientôt pâtir du départ de son ancienne patronne et ministre, Cécile Duflot.

D’après les informations d’Europe 1, l’ancien ministre du Logement travaillerait en coulisse à la création d’une nouvelle formation. Selon un des proches de l’ancienne secrétaire générale d’EELV, celle-ci aurait pour objectif d’imiter le parti Podemos en Espagne, la formation de gauche radicale née du mouvement des indignés et basée sur les mouvements citoyens.

"En toute discrétion, elle (Duflot) rencontre des intellectuels, des responsables d’associations. Elle bosse, disent ses collaborateurs. Elle va même partir à l’étranger (Espagne, Allemagne, Grèce…) en juin pour regarder comment l’autre gauche s’organise…", confie la journaliste Caroline Roux qui explique que Cécile Duflot veut "dépasser le cadre d’EELV".

Dans un entretien à l’hebdomadaire Marianne, Emmanuel Cosse, secrétaire générale d’EELV, ne fait d’ailleurs pas de Cécile Duflot la candidate naturelle chez les écologistes. Il faut dire que l’entente n’est pas excellente entre ces dernières. On se souvient qu’en avril dernier le torchon brûlait entre l’actuelle et l’ancienne patronne d’EELV…

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Le parti écologiste aura donc connu un printemps chaotique, entre menace de scission à l’Assemblée, départ, affrontement entre pro et anti gouvernement… Et last but not least, le siège d’Europe-Ecologie-Les-Verts mis en vente 4,7 millions d’euros ne trouve pas preneur… Il y a donc urgence pour renflouer les caisses du parti qui n’a toujours pas remboursé sa campagne présidentielle de 2012, selon le JDD.

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