L'échec de Jean-Frédéric Poisson

Le score désastreux de Jean-Frédéric Poisson a été occulté par l'ampleur des autres résultats : c'est pourtant le signe d'un phénomène important.

Rappelons d'abord les faits : le 13 janvier 2013 et le 24 mars 2013, la "Manif pour tous" a rassemblé, à Paris et à chaque fois, plus d'un million de personnes. Il n'est plus d'observateur objectif digne de cet adjectif qui conteste cette donnée factuelle. L'ossature de ce mouvement était catho mais les participants étaient très divers. Il est peut-être utile de rappeler que, à la demande de Frigide Barjot, un homosexuel a témoigné et a été applaudi lors du premier rassemblement.

Par la suite, la présidente de la "Manif pour tous", Ludovine de la Rochère, a instrumentalisé ce succès à son profit et au profit d'une idéologie réactionnaire, au risque de discréditer l'ensemble de cette lame de fond. Plus récemment, Jean-Frédéric Poisson s'est fait le porte-parole du mouvement politique issu de la "Manif pour tous". Sa présentation a été digne, claire et sobre. Il n'a pas fait plus d'erreurs que les autres "petits" candidats.

Il était évidemment plus facile de voter à la primaire que d'aller manifester à Paris. Si Jean-Frédéric Poisson avait été porteur des revendications fondamentales initiales de la "Manif pour tous", il aurait eu plus d'un million de voix. Ce ne fut pas le cas. Ce n'est pas sa prestation qui a été censurée mais sa prise de position idéologique.

Ludovine de la Rochère se comporte comme feu Grouchy qui enlisait une partie de la Grande Armée dans des combats d'arrière-garde au lieu d'aller à l'essentiel : la défense de la famille traditionnelle.  

Celle-ci a été l'un des piliers de la France. Peu importe, d'ailleurs, qu'elle ait envoyé ses enfants à l'école du curé ou à celle du diable. Or, face aux dérapages actuels des jeunes, il me semble que l'Etat a tout intérêt à préserver un socle constitué de familles traditionnelles et ceci vaut indépendamment de considérations morales ou religieuses, même si ces dernières ne sont pas interdites.

Toutes choses égales par ailleurs, les familles paient beaucoup plus d'impôts que ceux qui n'ont pas d'enfants. Il appartient donc à l'Etat de compenser partiellement cette injustice. Et cette orientation ne doit pas se restreindre à une aumône au profit des familles "défavorisées" : ce sont tous les enfants, riches et pauvres, qui assumeront les retraites et les fins de vie de demain.

François Fillon l'a bien compris. Il est donc normal qu'il ait le soutien des véritables héritiers de la "Manif pour tous ".

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