Le pacte de sécurité de François Hollande doit être complété par un pacte de reconquête républicaine

Lors de son discours devant le Congrès le 16 novembre dernier, le président de la République a déclaré : "Le pacte de sécurité prime sur le pacte de responsabilité". On comprend la nécessité de justifier pour Bruxelles les dépenses publiques supplémentaires non prévues au budget 2016 que va occasionner le financement des mesures nouvelles du pacte de sécurité. Celles-ci sont nécessaires.

Si la France est en guerre, les armes de la République sont aussi celles des valeurs qu’elle défend contre le totalitarisme djihadiste. C’est la raison pour laquelle le pacte de sécurité du président de la République doit être complété par un pacte de reconquête républicaine. En 2012, François Hollande alors candidat prenait l’engagement solennel devant les Français de faire de la jeunesse une priorité : "Je veux remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de l’action publique". Bien évidemment beaucoup a déjà été fait.

Après les attentats du 7 janvier dernier, le comité interministériel du 6 mars avait arrêté un certain nombre de dispositions et de mesures déjà engagées comme l’extension du service civique national pour mobiliser la jeunesse. Mais dans la situation aggravée dans laquelle se trouve le pays, il convient d’agir plus fortement. Nous devons mener la bataille des idées sur notre propre territoire pour prévenir les risques de radicalisation et pour promouvoir les valeurs républicaines du vivre-ensemble. Je formule quatre propositions :

- Il ne faut plus aujourd’hui hésiter à créer un véritable service civique national obligatoire court de trois à six mois. Si les modalités restent à définir, cette idée doit cependant être appliquée pour permettre un brassage des jeunes garçons et filles, Français, de catégories sociales différentes car il y a dans notre pays un "apartheid territorial, social, ethnique" à l’œuvre dans les quartiers populaires comme l’a dénoncé Manuel Valls, mardi 20 janvier, lors de ses vœux à la presse. Les valeurs de la République ne sont pas abstraites, il y a une solidarité concrète pour l’exercice de ces valeurs. Le philosophe spécialiste de la culture musulmane Abdennour Bidar dans ses 10 propositions avait fait sienne celle du service obligatoire : "l'objet de ce service citoyen non militaire serait de continuer à cultiver le sens de la fraternité dans le prolongement de l'école", avait-il dit. 

- Dans son rapport : "Libérer l’engagement des Français et refonder le lien civique", rendu le 15 avril, Claude Bartolone fait des propositions qui doivent être soutenues pour développer l’engagement des jeunes dans la vie associative et valoriser le bénévolat. Il faut réfléchir avec le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche comment intégrer des périodes de stages citoyens au cursus scolaire.

- Il faut aussi offrir un complément de formation aux décrocheurs car la plupart des jeunes séduits par Daech passent de la désinsertion sociale à la délinquance et enfin à l’adhésion aux thèses des terroristes. Le plan contre le décrochage du 21 novembre 2014 fondé autour de trois axes : "la mobilisation de tous, le choix de la prévention, une nouvelle chance pour se qualifier" doit être poursuivi.

- Il faut enfin au minimum doubler l’aide que l’Etat apporte aux collectivités locales à travers le fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) pour que celles-ci puissent amplifier leur action pour prévenir la délinquance.

En vidéo sur le même thème : Congrès à Versailles : peut-on parler d'union sacrée ?