Le mea culpa, nouvelle tendance de la stratégie de communication des politiques ?

Dans le livre Le stage est fini de Françoise Fressoz, sorti mercredi 2 septembre, le chef de l'État français fait son mea culpa. À 20 mois de l'élection présidentielle, François Hollande reconnaît en effet ses erreurs, notamment sur l'abrogation de la TVA sociale voulue par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Selon le président, une augmentation de la TVA sociale aurait permis d'éviter le choc fiscal. Mais en 2012, un autre choix a été fait.

En matière de mea culpa en politique, j'ai tendance à faire mienne la citation de Francois de La Rochefoucauld : "La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu’il faut et ne dire que ce qu’il faut".

Pour bien comprendre la situation, il faut partir du fait que les Français sont devenus totalement imperméables aux méthodes traditionnelles de communication qu'ils savent détecter et décrypter.

Nos hommes et femmes politiques sont donc plus qu'aucune autre génération qui les a précédé, exposés à un risque de déconnexion avec l'opinion publique et les attentes des Français.

Pour résister à la pression du factchecking, des critiques propulsées avec une ampleur jamais atteinte par les médias sociaux, les stratégies de communication des politiques devront désormais être fondées sur la mise en scène du respect des Français et privilégier des leviers tels que l'expérience, le naturel, la sincérité. C'est dans cet environnement que s'inscrit le mea culpa de François Hollande.

Les Français savent que leur personnel politique est peu enclin à l'autocritique. Le mea culpa est la transcription contemporaine du "j'ai changé", du "je ne suis plus le même homme". François Hollande tente ici de concéder une nouvelle erreur (puisque ce n'est pas la première du quinquennat qu'il reconnaît) pour retrouver un lien avec les Français. Cette stratégie vise à retrouver une écoute de leur part. François Hollande a conscience de n'avoir pas réussi à être écouté des Français (alors qu'il est d'ailleurs paradoxalement l'un des présidents de la Ve République qui a le plus pris la parole !), il tente ici une nouvelle stratégie de communication pour remédier à la situation qui est évidemment problématique pour tout acteur politique et donc encore plus pour le premier d'entre eux.

En tant que communicant, je suis convaincu que le fait qu'un homme ou une femme politique reconnaisse des erreurs c'est utile du point de vue de son image sous peine de paraître arrogant et déconnecté des réalités. Ceci dit l'erreur de stratégie de communication politique est ici que François Hollande ne dit pas comment il va surmonter cette erreur. C'est très problématique.

Autant le dire sans détour, se flageller ne sert à rien en politique d'un point de vue stratégique.

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D'autant plus que les Français sont devenus naturellement méfiants à l'égard de la parole politique et attendent les actes pour se faire un avis. C'est donc systématiquement la séquence qui suit le mea culpa qui est importante et cette prochaine étape est sans doute la conférence de François Hollande qui se tiendra lundi. Ici, le mea culpa est dangereux parce qu'en somme, il dit, j'ai fait une erreur. Il ne dit pas qu'il en est désolé. Il ne dit pas qu'il va rétablir la TVA. Il suscite nécessairement un espoir qu'il ne va pas falloir décevoir dans son socle électoral.

D'ailleurs à titre de comparaison historique, pour bien comprendre que le mea culpa ne doit pas être mis en scène n'importe comment, quand Jospin en 2002 dit aux Français "j’ai pêché par naïveté", il met quasiment un terme à sa carrière politique en commettant une faute grave de communication à travers la mise en scène d'un mea culpa reposant sur une mise en cause de ses propres qualités humaines et personnelles. Les Français entendent qu'il n'est pas apte à gouverner.

Pour accompagner nombre de politiques dans les séquences de crise, je sais qu'il n'y a rien d'inavouable ou d'insurmontable en politique, à condition de savoir gérer le mea culpa, de trouver les bons mots et de les exprimer au bon moment, il faut maîtriser l'agenda et ne pas se le faire imposer.

La difficulté c'est que mes clients me disent toujours "mes concurrents sur l'échiquier politique sont là pour relever mes erreurs, je n'ai pas à faire de mea culpa". C'est une erreur d'analyse. Les Français attendent de leurs hommes et femmes politiques qu'ils soient lucides sur leur propre action politique.

Les mea culpa ne sont pas une nouveauté en politique mais ont aujourd'hui tendance à se systématiser afin de "coller" avec les attentes de l'opinion. Les mea culpa ne sont pas une nouveauté contrairement à ce qui est trop souvent écrit. Ainsi sur la période la plus récente de la Ve République, on peut retenir le mea culpa de Lionel Jospin sur la sécurité, le mea-culpa de Nicolas Sarkozy sur le "pauvre con" ou le mea culpa  de Jacques Chirac sur la dissolution en passant par le mea culpa de Villepin concernant le CPE. Les mea culpa se systématisent en revanche.

Ainsi Emmanuel Macron l'a bien intégré dans sa stratégie de communication en présentant systématiquement ses excuses avant même qu'elles lui soient réclamées. Son image est très bonne dans l'opinion qui semble donc bien "lui rendre". Les Français préfèrent les mea culpa aux mensonges. Les Français n'attendent plus des acteurs politiques qu'ils soient craints, s'inspirant de Machiavel. La difficulté c'est que trop de mea culpa risque de tuer le mea culpa en diluant sa force dans la multiplicité de l'exercice.

Aux Etats-Unis ou il a été systématisé, il est incontournable mais a perdu presque toute valeur du point de vue de sa force sur l'opinion publique. Vous ne sauvegardez plus nécessairement votre image et votre crédibilité en vous excusant comme ce fut le cas.

Le mea culpa en politique est un exercice délicat. Il faut retenir qu'une grande majorité des vieux conseils et de l'ancienne génération d'experts en communication politique tentent systématiquement et à tort, de faire éviter à leur client ces mea culpa par crainte de légitimer le point de vue des concurrents. Ces attitudes sont aujourd'hui en flagrante contradiction avec les attentes des Français.

Je recommanderai donc des mea culpa maitrisés sur des points importants relevés comme des obstacles en terme d'image dans les études d'opinion. Ici, François Hollande fait un mea culpa sur un point totalement accessoire sur lequel son électorat ne l'attend pas. C'est assez cynique...

Le mea culpa ne doit pas devenir une formule obligée mais son auteur, en politique, devra se concentrer ensuite sur la preuve à apporter à ses électeur de sa capacité à agir, à influer et à changer leur quotidien. C'est la clé du succès.

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