Il a passé trente ans à suivre ces affaires qui embarrassent les politiques. Aujourd’hui retraité, l’ancien directeur de la section presse des Renseignements généraux (RG) se souvient de ses missions les plus délicates et les plus marquantes pour protéger l’honneur et l’image de ces personnalités proches du pouvoir. Entretien avec l’auteur.

Planet : En quoi consistait votre travail ?Alain Prissette* : "Je travaillais à la section presse de Renseignements généraux. Mes missions étaient discrètes mais jamais secrètes. Je devais sans cesse être en contact avec les journalistes, les attachées de presse et les imprimeurs pour être au courant, en amont, de leurs publications, émissions et livres à venir. Mon objectif : être informé de la parution d’informations délicates pour les personnalités politiques avant qu'elles soient rendues publiques. Il ne s’agissait pas de chercher à censurer ces contenus, mais simplement d’avoir un temps d’avance pour pouvoir en informer les services ministériels concernés et ainsi leur laisser le temps de préparer leur riposte. Nous n’avons jamais eu recours aux écoutes. Nous récoltions des informations parce que nos ‘contacts’ nous les donnaient. D’où le titre de mon livre ‘Connivences au service de l’Etat’…

Planet : Vous avez travaillé dans la discrétion pendant plusieurs années, pourquoi avez-vous soudainement eu envie de parler de cette expérience dans un livre ?Alain Prissette : J’ai eu le déclic l’année dernière au moment de la parution du numéro de Closer annonçant une liaison entre François Hollande et Julie Gayet. Quand j’ai lu le récit de la folle nuit blanche de l’Elysée avec les conseillers qui jusqu’à 22 heures se sont démenés pour essayer de se procurer un exemplaire du magazine, je me suis dit qu’il fallait dire qu’avant cela ne serait jamais arrivé. La section presse des RG n’aurait certes pas pu empêcher la parution de ce Closer mais elle aurait au moins réussi à s’en procurer un exemplaire bien avant. Cette section a disparu en 2008, au moment de la fusion entre la Direction de la surveillance du territoire (DST) et les RG, et c’est selon moi bien dommage. Elle rendait de grands services au pouvoir.

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J’ai aussi eu envie d’écrire ce livre pour rétablir la vérité sur la section presse des RG. Sorti il y a dix ans, le livre de Patrick Rougelet, RG, la machine à scandales, lui a fait beaucoup de mal. Il contenant beaucoup de fausses informations.

Planet : La parution du livre de Valérie Trierweiler à l’automne dernier a elle aussi fait l’effet d’une bombe au président François Hollande. Auriez-vous pu prévenir le coup ?Alain Prissette : Honnêtement, je ne pense pas que nous aurions pu nous procurer un exemplaire du livre avant sa parution, d’autant qu’il a été imprimé à l’étranger, mais je suis convaincu que nous aurions pu en informer le président et son entourage bien avant.

Planet : Certaines affaires étaient-elles plus cocasses que d’autres ?Alain Prissette : Oui, c’est évident. Je me souviens notamment du chauffeur d’Alain Genestar, l’ancien directeur de la rédaction de Paris Match, qui, en 2006, a entendu une conversation téléphonique entre son patron et Ségolène Royal. Cette dernière lui demandait d’écarter Valérie Trierweiler du service politique du magazine. A cette époque, la liaison entre la journaliste et François Hollande, qui était alors premier secrétaire du PS, n’était connue que par un tout petit groupe d’initiés. Et apparemment, Ségolène Royal en faisait partie.

Je me souviens aussi de la publication fin août 2005 d’un numéro de Paris Match montrant en Une Cécilia Sarkozy avec Richard Attias. Officiellement, le couple Sarkozy ne battait pas de l’aile et était bien loin de divorcer, aussi, et conscients de l’énorme retentissement qu’aurait ce numéro, nous avons prévenu les services de l’ex-président, alors ministre de l’Intérieur. Le magazine est sorti un jeudi et grâce à nos contacts, nous avons pu les prévenir la veille, le mercredi.

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Planet : Une affaire vous a-t-elle marqué plus qu’une autre ?Alain Prissette : C’était le soir du fameux 21 avril 2002. J’étais avec un collègue dans les studios de France Télévisions. Il était 18 heures et à côté de nous, Elise Lucet était à l’antenne. A 18h35, elle est soudainement sortie du plateau en nous annonçant que Lionel Jospin avait perdu au premier tour de l’élection présidentielle face à Jean-Marie Le Pen. Je pense que nous l’avons su avant même le principal intéresssé ! Nous étions vraiment aux premières loges !".

*Alain Prissette est l’auteur de Connivences au service de l’Etat (ed. Du Moment)