Le discours du Président

Ce discours d'une heure trente était-il utile ? Oui, car Emmanuel Macron est notre président et il est bon de savoir ce qu'il pense au-delà des déclarations électorales nécessairement biaisées. Fera-t-il double emploi avec celui du Premier ministre ? Non, car Emmanuel Macron s'en est strictement tenu aux idées générales sauf dans les domaines qui sont directement de son ressort : les institutions, l'armée, la diplomatie. Dans ces trois domaines, il a simplement confirmé - sauf exception - ses engagements précédents : diminution d'un tiers des représentants élus, un peu de proportionnelle, limitation du nombre de mandats, droit de pétition, remise à plat du Conseil économique, social et environnemental, réorientation des objectifs militaires, priorité à la diplomatie quels que soient les interlocuteurs. En cas de blocage, le recours au référendum m'a semblé une perspective nouvelle.  

L'expression orale était plus que satisfaisante : posée mais avec juste ce qu'il faut de conviction ; on peut espérer que celle-ci soit sincère. Par ailleurs, Emmanuel Macron maîtrise parfaitement la clef de l'ENA : la thèse puis l'antithèse, ce qui permet de dire une chose et son contraire et donc d'avoir toujours raison. La synthèse, sauf pour les exceptions précitées, est restée au niveau des idées ou à l'initiative du gouvernement. Pour l'anecdote, sa mise en cause de la recherche du scandale par les médias m'a laissé un goût amer : aurait-il oublié que c'est au Canard enchaîné qu'il doit la chute de François Fillon.

Est-ce que j'adhère au fond de l'aspect théorique de ce plaidoyer ? Non, car, selon moi, la France va très bien ; j'ai écrit, autrefois, qu'elle était au zénith de son existence. Ce sont les instances dirigeantes qui me semblent terriblement défaillantes : les députés, les syndicats, les magistrats, les médias, les apparatchiks. Vu sous cet angle, les tirades d'Emmanuel Macron tombent complètement à côté de la plaque, sauf à penser qu'elles étaient destinées aux seuls élus, ce qui m'étonnerait.

Emmanuel Macron a insisté sur quelques points : l'écologie, au sens large, l'Europe, la lutte contre le terrorisme, l'accueil des migrants, la laïcité. Là, plus qu'ailleurs, il a manié la thèse et l'antithèse avec brio : je suis donc parfaitement incapable de dire quelles sont ses orientations concrètes. Pour l'anecdote, je rappelle que, contrairement à Emmanuel Macron, je trouve injuste la distinction entre migrant "politique" et migrant "économique".

Bref, est ce que je suis plus inquiet ou plus rassuré : ni l'un, ni l'autre.  

Le Premier ministre va-t-il être plus concret ? A demain.