Dans leur livre "Nos très chers émirs", les auteurs expliquent le rôle clé de l'ancien ambassadeur du Qatar à Paris. Celui-ci a arrosé pendant longtemps les politiques français. Une pratique à laquelle aurait mis fin le nouvel ambassadeur.

Dans un livre paru jeudi, Nos très chers émirs (éditions Michel Lafon), les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot dévoilent comment certains politiques français ont entretenu des relations ambiguës avec les monarchies du Golfe. Mais aussi, comment des responsables politiques français ont quémandé de l'argent à l'ancien ambassadeur du Qatar à Paris.

"De 2003 à 2013, Mohamed Jaham Al-Kuwari, l’ambassadeur à Paris, a copieusement arrosé nos responsables politiques. Sans tenir un fichier, il savait très bien qui se laissait corrompre", ont indiqué les deux auteurs à Libération. Un proche de l'émir qui régnait à l'époque a d'ailleurs avoué aux journalistes : "Les Français sont les plus faciles à acheter".

"Certains considéraient l’ambassade comme une boutique du père noël"

Dans leur enquête, les deux journalistes affirment, par exemple, que le député socialiste du Pas-de-Calais, Nicolas Bays, a quémandé le financement de ses vacances ou des travaux dans son appartement à l'ambassadeur du Qatar ; ou bien la sénatrice centriste de l'Orne, Nathalie Goulet, qui a fait un caprice parce qu'elle n'avait pas obtenu un cadeau de fin d'année. Il faut dire que le Qatar avait pris l'habitude d'envoyer à certains parlementaires, à Noël, une montre Rolex et des bons d'achat de 6 000 euros dans les grands magasins...

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Les personnes mentionnées ont démenti les informations contenues dans Nos très chers émirs. Mais Christian Chesnot s'est défendu jeudi sur BFMtv : "On a quand même enquêté pendant deux ans, on ne tire pas ces noms d’un chapeau par hasard", a-t-il assuré. Indiquant que la liste des élus mentionnés dans le livre n’était pas "exhaustive", le journaliste a précisé avoir derrière ces révélations "des éléments probants, étayés, des mails, des courriers". "Certains considéraient l’ambassade comme une boutique du père noël", insiste-t-il.

Le nouvel ambassadeur aurait mis fin à ces pratiques

Mais le nouvel mabassadeur du Qatar a voulu rompre avec ses méthodes. Le nouveau représentant de Doha, Meshaal al-Thani, refuse d’être aussi généreux que son prédécesseur. Les auteurs racontent que "trois ans après son arrivée à Paris, il semble las de toutes ces pratiques". Un de ses amis témoigne: "Meshaal, qui a été en poste en Belgique et aux Etats-Unis, me dit souvent : 'Je n’ai jamais vu cela, auparavant ! J’ai fréquenté des politiques partout ; mais aucun ne s’est comporté comme certains Français, aucun ne m’a demandé de l’argent aussi abruptement, comme si c’était naturel, comme si on leur devait quelque chose ! On n’est pas une banque'".

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Reste que les petites habitudes ne se perdent pas facilement et, dans un premier temps, les politiques français ont continué à demander des cadeaux. Des membres de la nouvelle équipe étaient stupéfaits et en avaient marre d’être pris pour des "distributeurs de billets de 500 euros".

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