La République ne connaît pas la lâcheté, quand le politique a le courage de ses idées !

Un président ne devrait pas dire ça…titrent les journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet pour nommer le livre-confidences qui relate l’indicible pourtant prononcé : le troisième pouvoir serait une "institution de lâcheté" où "l’on se planque" ! Il n’est alors pas surprenant que le Premier président de la Cour de Cassation et son Procureur général,  Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin, aient souhaité comprendre, faire expliciter le propos. Monsieur le président de la République, vous ouvrez là une plaie chez ceux qui plaident et ceux devant qui l’on plaide.

D’où vient la lâcheté quand celui qui incarne la plus haute autorité de l’État ne défend pas ces femmes et ces hommes qui servent l’institution qui fait vivre au quotidien nos valeurs de liberté et d’égalité ?

Est lâche celui qui refuse de se battre, qui refuse de défendre autrui ou qui feint de le faire en se soustrayant aux règles du jeu communes. Au contraire, nos magistrats se battent au quotidien pour la Justice dans notre pays et pour défendre le respect et l’application des règles collégialement établies à travers la Loi. Ils "ne jouent pas les vertueux", mais leur vertu est républicaine et permet le vivre ensemble. Ils "n’aimeraient pas les politiques" et pourtant ils donnent force à l’œuvre du législateur, par leurs jugements.

D’où vient la lâcheté quand le candidat qui voulait "que la prochaine Présidence soit celle de l’impartialité de l’État et du respect des contre-pouvoirs" ne pèse pas de tout son poids, une fois élu président de la République, pour réunir sa majorité et l'opposition pour entamer la réforme constitutionnelle permettant l’émancipation de la justice de la tutelle de l’exécutif ? Non, la tâche n'est pas évidente. Déjà en 1981, François Mitterrand incluait dans ses 110 propositions cette réforme. Depuis, la gauche a fait du surplace, paralysée par la perspective d’assurer une indépendance véritable au prix d’un affrontement avec ses détracteurs, elle a préféré perpétuer la tutelle étatique. Aucun chef de l'Etat, aucune majorité, n'a su effectuer le travail de conviction nécessaire pour gagner ce combat devant la représentation nationale réunie en Congrès. Notre responsabilité est donc historique et collective. Le prochain président de la République doit avoir le courage et la volonté de le faire !

La lâcheté est celle des renoncements et des engagements non tenus.

Cette lâcheté a déçu les électeurs qui ont porté leur voix sur un candidat qui suscitait l’espoir, la rupture avec le prédécesseur de droite, mais aussi l’espoir de la réalisation d’un programme – de gauche et de transformation sociale – qui fait vivre la promesse républicaine !

Le premier des renoncements est sans doute celui de la renégociation avortée du Pacte européen de Stabilité. Certes, d’aucuns diraient que dans une négociation il y a plusieurs joueurs aux intérêts divergents et que le changement ne dépend pas uniquement de celui qui souhaite l’initier. Mais au jeu des négociations tous les joueurs n’ont pas le même poids. Si la France a besoin de l’Union européenne pour peser sur l’arène mondiale, la France doit rappeler sa légitimité, sa voix doit être entendue par ses partenaires. À l’évidence, il faut savoir faire quelques concessions sur certains éléments pour gagner sur d’autres dossiers. C’est comme cela qu’on construit des accords, des compromis entre membres d’une même famille. Néanmoins la France ne peut transiger sur l’essentiel ! Compromis n’est pas compromission ! Cette exigence nous la devons à la France, comme à l’Europe. C’est ce qu’attendent les citoyens. Respecter ses engagements est un devoir démocratique, sans quoi le représentant à qui l’on a confié une parcelle de la souveraineté populaire ne représente plus que lui-même. Il ne faut alors pas s’étonner que les citoyens – français et européens – tournent ainsi le dos aux responsables politiques ou fassent le choix des populismes.

Sur ces questions, la responsabilité de la social-démocratie en Europe est grande, plus que pour toute autre formation politique. S’il faut agir avec et en fonction des réalités, il faut agir avec pour moteur un idéal et la volonté de changer ces réalités. La social-démocratie ne peut être le parti du laisser-faire ou du moindre mal ! S’il elle veut être entendue et soutenue par nos concitoyens elle doit montrer que le politique peut encore, et que rien n’est inéluctable. Une France avec un gouvernement de gauche au pouvoir doit pouvoir fédérer l’Europe autour d’un projet de transformation sociale et de solidarité. De ce point de vue, nous sommes passés à côté d’une occasion historique de faire front commun avec nos amis italiens, espagnols, portugais, notamment. À un moment où le président du Conseil italien, Matteo Renzi, bénéficiait de la légitimité de son élection récente, où la Pologne était celle de Donald Tusk, où la Chancelière allemande, Angela Merkel, était déstabilisée par l’équilibre précaire de sa coalition, la France n’avait-elle pas le devoir et la responsabilité de construire l’Europe solidaire réclamée par les peuples, aux premiers rangs desquels nos amis grecs ?

Sur le plan intérieur, ne prenons qu’un exemple. Que dire du Pacte de Responsabilité et du Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) ? L’État a-t-il perdu toute vision stratégique, en ne conditionnant pas les aides aux entreprises, en ne les ciblant pas sur les petites et moyennes entreprises des secteurs porteurs ?

La faute est grave car elle jette le discrédit sur la parole politique, sur les hommes qui s’engagent pour la chose publique, et sur les institutions qu’ils incarnent. Car ce sont bien les hommes qui peuvent être lâches, responsables ou courageux – et non les institutions !

Gouverner c’est conduire le navire, ce n’est pas accompagner ou se laisser porter par les flots marins. La gauche dite de gouvernement doit avant tout être une gauche qui gouverne au sens où elle ne renonce pas, où elle s’engage, où elle combat, où elle a le courage de ses convictions et où elle respecte ses engagements. Elle n’est pas utopiste, elle est ancrée dans le réel, mais elle porte un idéal vers lequel elle veut tendre. Elle compose avec la réalité, mais avec la volonté de la changer. Sa force réside dans le fait qu’elle sait où elle va parce qu’elle sait pourquoi et pour qui elle prend cette direction. Cette volonté, ce cap à atteindre, aujourd’hui, Arnaud Montebourg l’incarne. Le projet qu’il propose d’écrire avec et pour les Français, c’est le Projet France. Je sais qu’il aura demain le courage de le mettre en œuvre, qu’il mènera le combat ! C’est pourquoi je m’engage auprès de lui. Je soutiens la candidature d’Arnaud Montebourg !  

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