Jupiter joue la foudre

Le léger remaniement du gouvernement est limpide : Emmanuel Macron veut tous les pouvoirs et ringardise les commentateurs obnubilés par la politique politicienne. Faire de Christophe Castaner à la fois le chef de sa majorité et le chargé des relations avec le Parlement, c’est se moquer de la représentation nationale ; c’est dire que celle-ci ne l’intéresse que pour la part qui lui obéit. Olivier Dussopt était, à gauche, l’un des opposants les plus habiles et les plus efficaces ; la réponse d'Emmanuel Macron est cynique : il en fait un secrétaire d’État ; ce faisant, il poursuit son entreprise de dynamitage des anciens partis ; ceux qui, à droite ou à gauche, font semblant de s’indigner auraient été les premiers à s’agenouiller pour un portefeuille.  

Le petit peuple de France est-il scandalisé par ce culte de l’égo poussé à son paroxysme ? Non : dans les situations difficiles, il a pris l’habitude de compter sur un sauveur. Par contre, il sera tout à fait capable de juger Zorro à l’aune de ses résultats ; en l’instant, comme on l’a souvent dit, tout augmente : la pauvreté, le chômage , l’afflux des travailleurs détachés, les artifices malsains pour limiter l’immigration - jusqu’à "tolérer", de fait, une nouvelle forme d’esclavage, le déficit de la balance commerciale, la dette, le pouvoir sans partage des riches et l’angoisse diffuse de perdre son emploi.   

Dans un tel contexte, il est intéressant de revenir sur la défaite de François Fillon. Contrairement à ce que laissent entendre certains commentateurs, selon moi, celle-ci ne fut pas due à un excès d’individualisme de la part du chef désigné par la primaire : Emmanuel Macron est bien pire. Sans remonter à Napoléon, Churchill et de Gaulle, eux aussi, n’avaient confiance que dans leur propre jugement. Mais François Fillon a commis deux erreurs majeures dont chacune suffit pour être disqualifié quand on brigue la magistrature suprême. D’une part, une fois intronisé, il n’a pas su recentrer ses objectifs : Charles de Gaulle, lui, "avait compris" la situation en Algérie. D’autre part, il a paniqué ; il était trop naïf ; il a cru que la bonne foi suffisait ; il n’a pas anticipé et n’a pas su se défendre contre des attaques qui, sur le fond, étaient accessoires : Emmanuel Macron fait bien pire.

Laurent Wauquiez, si c’est bien lui le futur leader de la droite, aura tout intérêt à méditer ce passé récent, qu’il connaît bien. Si Emmanuel Macron réussit, ce qui m’étonnerait, Wauquiez n’a aucune chance de devenir président de la République. Mais, si Emmanuel Macron échoue, comme ce fut le cas de François Hollande, il faut qu’il soit prêt. Il faut d’abord qu’il recentre ses objectifs et explique clairement ce qui le différencie du président actuel. Il faut aussi qu’il anticipe ; il faut qu’il se débarrasse des casseroles qui l’encombrent, même si, sur le fond, elles sont anodines ; il faut qu’il se cuirasse ; il n’a pas encore connu d’échec majeur : c’est un véritable handicap. 

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