Après 25 ans à l’Assemblée nationale, le député de l’Aisne a décidé de ne pas briguer un sixième mandat. Il vient de publier "Argent, morale, politique", dans lequel il dresse l’état de la situation budgétaire de la France.

Le 22 février, à la tribune de l’Assemblée nationale, René Dosière avait la larme à l’œil et des trémolos dans la voix. Il faut dire que le député (PS) de l’Aisne venait de prononcer son dernier discours, après vingt-cinq ans passés sur les bancs de l’Hémicycle. Un dernier discours consacré au vote d’une loi sur l’amélioration de la transparence dans le domaine du financement de la vie politique, la marotte de René Dosière.

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En effet, le "M. Propre" de l’Assemblée, comme on le surnomme, s’est fait une spécialité de dénicher et de dénoncer les dépenses publiques excessives ou inutiles. Après l’Argent caché de l’Elysée (2007, Seuil), le député de l’Aisne refait parler de lui en publiant ce mois-ci Argent, morale, politique (Seuil). Il a bien voulu répondre à nos questions.

Planet - Dans votre ouvrage, vous plaidez pour une limitation du nombre de professionnels de la politique, pourquoi ? 

René Dosière : Parmi les motifs expliquant le discrédit actuel des responsables politiques se trouve le sentiment que ces derniers vivent dans une sorte de "bulle" qui les éloigne de la réalité de la vie quotidienne des Français. Ce reproche n’est pas entièrement faux. C’est pourquoi je pense qu’il convient de favoriser le mandat unique au niveau local pour permettre aux responsables politiques de continuer à exercer une activité professionnelle (à temps partiel). De même, en fixant un âge minimum pour se présenter aux élections législatives (44 ans), on incite les futurs candidats à exercer une activité professionnelle normale avant d’être élu. On constate, en effet, que trop de parlementaires ne connaissent pas les véritables préoccupations des Français car ils ont exercé des activités politiques rémunérées auparavant (permanents politiques, membres de cabinets ministériels ou locaux…)

Planet - A combien chiffrez-vous les économies que l'on pourrait faire avec plus de moralisation de la vie politique, et une meilleure gestion des deniers publics ?

René Dosière : Il est impossible de chiffrer les économies car elles dépendent des mesures qui seraient prises : par exemple, la limitation des indemnités des élus. A quelle somme ? En tout état de cause, elles seraient modestes, car le financement public de la vie politique n’est pas très élevé : 3 milliards d’euros soit 0,2% des dépenses publiques. Par contre, une meilleure gestion des deniers publics (nationaux et locaux) pourrait entraîner des économies importantes, compte tenu des sommes en jeu. En 2015, les dépenses publiques s’élevaient à près de 1 300 milliards d’euros : il y a de la marge pour des économies !

Planet - Avez-vous un exemple emblématique d'argent public gaspillé ?

René Dosière : Oui. Le renoncement à l’écotaxe, détaillé dans le dernier rapport de la Cour des comptes, a coûté, au minimum, 1 milliard d’euros aux contribuables.

Planet -  Pouvez-vous nous parler de la dernière loi que vous avez présentée à l'Assemblée ?

René Dosière : Il s’agit d’un texte qui complète la législation sur le financement public des campagnes électorales et des partis politiques. Désormais les candidats et les partis politiques devront indiquer l’origine et les modalités des prêts qu’ils auront obtenus pour financer leurs dépenses. Jusqu’à présent, aucune obligation n’existait, ce qui a donné lieu à des dérives auxquelles il convient de mettre un terme.

Planet - Une trop grande transparence, comme en Suède, cela n'est-il pas néfaste ?

René Dosière : La société suédoise, pour des motifs historiques, religieux et culturels, accepte une transparence totale sur les dépenses publiques (et les ressources publiques, comme les impôts que chacun peut consulter – les déclarations de revenus des citoyens sont en ligne et donc consultables par tous). Il est impossible de transposer ces pratiques dans la société française. Mais nous avons réalisé, ces dernières années, de nombreux progrès. Jamais, dans notre vie politique, la transparence n’a été aussi forte, ce qui ne signifie pas qu’il faille s’arrêter en chemin…

Planet - Enfin, que pensez-vous de l'affaire Fillon. Traduit-elle une plus grande sévérité des Français à l'égard de la probité de leur personnel politique ?

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René Dosière : On constate à propos de "l’affaire Fillon" que la sensibilité des Français pour ce qui concerne l’utilisation de l’argent public est devenue très forte. C’est une bonne chose. Mais cela résulte aussi des efforts réalisés en matière de transparence, qui fournissent aux journalistes des éléments d’informations autrefois dissimulés. Cela démontre aussi que la justice, plus indépendante, n’hésite pas à mettre en cause les "puissants", ce qui est heureux. Dans le passé ce n’était pas toujours le cas. L’opinion publique devrait s’en réjouir et se garder de généraliser ces comportements particuliers à l’ensemble des responsables publics.

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