Forts d’avoir recueilli une centaine de témoignages en France et en Espagne, Jacques Hennen et Gilles Verdez ont publié en 2013 la toute première biographie de Manuel Valls. Un an après, et alors que ce dernier est devenu Premier ministre, ils sortent une version modifiée. Interview de l’un des coauteurs.

©AFP

Planet : Comment avez-vous modifié dans la deuxième version de la biographie* de Manuel Valls ?Jacques Hennen : "Nous l’avons actualisée en modifiant notamment deux choses. Tout d’abord, nous avons ajouté plusieurs pages sur la nomination de Manuel Valls à Matignon et sur la manière dont cela s’est déroulé. Avec Gilles Verdez, nous avons également supprimé la conclusion de la première version et l’avons remplacée par un chapitre sur le bilan de son action au ministère de l’Intérieur.

Planet : Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire sur Manuel Valls, pourquoi vous êtes-vous intéressé à cet homme ?Jacques Hennen : C’est Gilles Verdez qui en a eu l’idée il y a un an, un an et demi. Et rapidement nous sommes tombés d’accords sur le fait que Manuel Valls était une personnalité intéressante. On ignorait à l’époque qu’il deviendrait un jour chef du gouvernement mais on sentait qu’il pouvait avoir un véritable avenir politique. Et puis, Gilles Verdez et moi-même avons tous les deux longtemps travaillé dans l’Essonne. Nous connaissions donc très bien Evry, la ville dont Manuel Valls a été le maire pendant plusieurs années et dont il a fait son laboratoire. Aussi, nous avions comme un avantage pour écrire la toute première biographie de cet homme. En toute honnêteté, nous nous sommes dits : ‘tant mieux, nous serons les premiers à le faire’. Mais attention, nous ne sommes pas des journalistes politiques. Nous nous sommes donc contentés de faire une biographie à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire très factuelle et centrée sur le personnage, sa vie et ses origines.

Planet : La préface du livre annonce des confessions de Manuel Valls 'sans tabou'. C’est-à-dire ?Jacques Hennen : Manuel Valls n’est pas quelqu’un que se confie facilement. Pourtant, nous avons réussi à ce qu’il se livre un peu. Ainsi, nous avons même réussi à deviner que sa famille abritait un drame. Il s’agit du passé de la sœur de Manuel Valls, Giovanna. Cette femme a connu l’enfer de la drogue pendant 30 ans et cela a profondément marqué son frère. Gilles Verdez l’a même rencontrée à Barcelone où elle vit et il a appris des choses qui expliquent certains points aujourd’hui… Mais d’une manière générale, comme nous sommes les premiers à sortir une biographie sur le Premier ministre, tout ce que nous disons semble nouveau et prend donc des allures de ‘scoop’ !

Planet : Manuel Valls est souvent surnommé le 'Sarkozy de gauche'. Etes-vous d’accord avec cette comparaison ?Jacques Hennen : Manuel Valls n’aime pas cette comparaison mais dans le fond, cela le flatte parce qu’il espère connaître le même destin que Nicolas Sarkozy et arriver un jour à l’Elysée. Politiquement, je pense que ces deux hommes n’ont rien à voir même si le Premier ministre est un social-libéral. En revanche, je trouve qu’ils se rejoignent au niveau de leur tempérament. Tous les deux ont cette même énergie, cette même autorité et cette même capacité à occuper le terrain. Ils se rejoignent également dans l’idée de dire qu’ ‘avec l’action on peut changer la France’. Mais ils restent cependant bien différents. Pour les avoir un peu connu tous les deux, je peux même avancer que Manuel Valls est plus chaleureux et moins réservé que Nicolas Sarkozy.

Planet : Alors que François Hollande est au plus bas dans les sondages, doit-il selon vous se méfier de Manuel VallsJacques Hennen : François Hollande se méfie forcément car tous les deux ne sont pas amis. Manuel Valls n’est pas un hollandais de la première heure. Le président l’a choisi comme Premier ministre parce qu’il ne pouvait pas faire autrement. Il a essayé de ne pas le prendre, il a envisagé d’autres personnes, mais il était condamné à la choisir. Valls et Hollande me font un peu penser au couple Mitterrand-Rocard, même si l’ancien président était en meilleur forme politique que notre chef de l’Etat aujourd’hui.

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Malgré tout,  il y a une chose qu’il ne faut pas oublier : Manuel Valls est d’une fidélité absolue en politique et ne trahira jamais François Hollande. D’autant que pour l’instant leur binôme fonctionne bien. Il y a d’un côté un Premier ministre qui gouverne la politique de la France et de l’autre, un président qui donne les grands axes, les grandes réformes et représente la France en politique étrangère. Quant à la présidentielle de 2017, Manuel Valls sera loyal et ne se présentera pas si François Hollande est candidat. Il le fera uniquement si le président décide de ne pas briguer un second mandat".

*Le Conquistador - Manuel Valls, les secrets d'un destin, de Jacques Hennen et Gilles Verdez (ed. du Moment)

Vidéo sur le même thème : Valls "terrasserait" Hollande en 2017 selon un sondage

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