Jack Lang lâché par l’État, la fin de l’intouchable de la gauche culturelle
On le disait indéboulonnable. Il l’était presque devenu. À 86 ans, Jack Lang vient pourtant de céder. Après avoir assuré, mercredi encore, qu’il n’était pas question de démissionner, l’ancien ministre de la Culture a finalement proposé de quitter la présidence de l’Institut du monde arabe.
Une sortie contrainte, précipitée par plusieurs jours de révélations embarrassantes et par une pression politique devenue impossible à contenir. Pour la gauche culturelle, c’est la fin d’un symbole. Pour l’État, la fermeture tardive d’un dossier trop longtemps laissé sous le tapis.
Une chute réglée depuis les ministères
En coulisses, tout s’est joué très vite. Convoqué dimanche au Quai d’Orsay, Jack Lang n’a pas résisté à la ligne fixée par le ministère des Affaires étrangères, qui supervise l’Ima. Jean-Noël Barrot a acté la démission et lancé la procédure de succession, avec la convocation d’un conseil d’administration extraordinaire sous sept jours. L’Élysée a, lui aussi, « pris acte ». Une formule sèche, presque clinique, pour enterrer discrètement une figure que le pouvoir n’entendait plus défendre publiquement.
Une enquête qui fait sauter le verrou politique
Le verrou a sauté vendredi, avec l’ouverture par le Parquet national financier d’une enquête pour « soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang et sa fille, Caroline. À ce stade, aucune mise en examen, aucune charge formelle. Mais en politique, la nuance pèse peu face au symbole. L’idée qu’un dirigeant octogénaire, déjà contesté en interne, puisse rester en place malgré une enquête financière a fini par devenir intenable.
L’affaire Epstein, le malaise impossible à éteindre
Impossible, surtout, de dissocier cette chute des révélations sur les liens entretenus avec Jeffrey Epstein. Jack Lang a reconnu avoir sollicité l’Américain pour financer un film sur les « années Lang-Mitterrand », pour un montant de 57 897 dollars. Des échanges font également état de discussions autour d’un riad à Marrakech. Rien d’illégal à ce stade, mais un parfum persistant de compromission, ravivé par une correspondance prolongée malgré la réputation déjà sulfureuse d’Epstein.
Une génération rattrapée par ses angles morts
La situation de Caroline Lang, citée à de multiples reprises dans les « Epstein files », a achevé de plonger l’affaire dans le malaise. Démissions en cascade, retraits silencieux, disparition progressive des cercles de pouvoir culturel. Plus qu’un cas individuel, cette séquence pose une question que la gauche évite depuis trop longtemps : jusqu’où protéger les siens au nom de la culture, du passé glorieux et des réseaux ? Jack Lang n’est pas condamné. Mais son départ acte une réalité brutale : même les monuments finissent par se fissurer quand plus personne n’ose les soutenir à découvert.