Lundi sur RTL, le Premier ministre a appelé à l’unité pour lutter contre l’ "islamo-fascisme". Mais quelle est donc la signification de ce terme jusqu’ici employé uniquement par les milieux conservateurs ?

Au lendemain des attentats qui ont fait deux morts à Copenhague, Manuel Valls a déclaré sur RTL qu’il était nécessaire de s’unir pour combattre "l’islamo-fascisme". "Il ne faut céder ni à la peur ni à la division. Mais il faut en même temps poser tous les problèmes : combattre le terrorisme, mobiliser la société autour de la laïcité, combattre l’antisémitisme (…),il faut désormais une rupture", a-t-il en effet  expliqué avant d’ajouter : il faut mener "une guerre" contre "l’islamo-fascisme" à "l’extérieur, mais aussi à l’intérieur" du pays, en combattant le "djihadisme".

Des propos forts, mais surtout le choix d’un terme symbolique : l’islamo-fascisme. "Avec cette expression, le Premier ministre a cherché à ouvrier un débat, comme avec l’expression apartheid", a commenté Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Iris, spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe, dans les colonnes du Point.Souvenez-vous, en marge des attentats qui ont frappé la France en janvier dernier, Manuel Valls avait évoqué un "apartheid territorial, social et ethnique" dans les banlieues françaises. Ce qui avait provoqué de vives réactions dans la classe politique.

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Une expression jusqu’ici utilisée par les milieux conservateurs et l’extrême droite

Aussi, en employant le terme d’islamo-fascisme, le chef du gouvernement chercherait à ce qu’une partie de son camp entame "son examen de conscience", note encore le chercheur. Apparu dans les années 1990 dans l’univers du journalisme anglo-saxon, ce terme désignerait une tendance visant à installer un régime totalitaire régit par l’islam.  Arrivé en France au début des années 2000, et plus précisément après les attentats du 11 septembre, il a pendant longtemps été uniquement utilisé par les milieux conservateurs français, voire l’extrême droite. A noter : jamais Marine Le Pen n’a publiquement employé ce terme, préférant parler de "fascisme vert".

L’expression gagne la droite et même la gauche

Mais il semblerait que ce terme ait gagné du terrain en très peu de temps. En effet, Christian Estrosi a appelé dimanche les musulmans de France à prendre leurs responsabilités pour "dénoncer l’islamo-fascisme".  Le lendemain, ce terme s’invitait à gauche de l’échiquier politique et sortait de la bouche de Manuel Valls. L’Express souligne que l’écologiste Noël Mamère et le chroniqueur à Charlie Hebdo Patrick Pelloux s’en sont également servi après les attentats de janvier.

Une expression qui cache un raccourci et une signification pas assez pertinente ?

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Quant à la portée de cette expression, certains observateurs lui reprochent d’englober la religion islamique et ses pratiquants derrière le mot "islam". Aux Inrocks, Jean-Yves Camus a de son côté analysé : Si l'on veut dire que "l'islam radical est un totalitarisme, je pense que c'est correct." Mais "s'il s'agit d'exprimer une similitude entre les projets politiques de l'islamisme et du fascisme dans leur acception historique, c'est beaucoup plus compliqué".

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