Les indépendantistes corses rêvent depuis longtemps d’échapper au contrôle de la métropole. S’ils souhaitent s’émanciper, cette volonté reste plus facile à formuler qu’à mettre en œuvre.

Le parti nationaliste "Pè a Corsica" ("Pour la Corse") a remporté dimanche dernier l’élection régionale sur l’Ile de Beauté avec 35,34% des voix. Une victoire qui pourrait changer les rapports de force avec l’Etat. Et pour cause : cette liste résulte d’une fusion au second tour entre les "nationalistes d'ouverture", jugés plutôt modérés et dirigés par le maire de Bastia Gilles Simeoni, et les indépendantistes, plus radicaux et menés par Jean-Guy Talamoni, un proche des partisans du FLCN (Front de libération nationale corse)

Suite à ce scrutin historique, certains militants corses ont renoué avec l'espoir d'une émancipation prochaine. "Pour négocier, il faut être deux, souligne toutefois à Planet.fr Vincent Laborderie, politologue et spécialiste des indépendantismes. L’Etat français n’a certainement pas envie de rouvrir le dossier corse." Un avis partagé par Romain Pasquier, directeur de recherches au CNRS rattaché au Centre de recherches sur l'action politique en Europe (CRAPE) : "Sans majorité absolue, les Corses peuvent oublier leur rêve d’indépendance".

En effet, en conquérant 24 sièges sur les 51 que comptent l'assemblée de Corse, les nationalistes ne bénéficient que d’une majorité relative, ce qui risque de fortement limiter leur marge de manœuvre. De plus, ils sont eux-mêmes divisés en deux courants distincts et Gilles Simeoni, qui a pris la tête du Conseil exécutif corse, a assuré ne pas faire bataille pour l’indépendance. Par ailleurs, l’article premier de la Constitution souligne que "La France est une République indivisible", ce qui signifie qu'aucun individu, ni aucune partie du peuple ne peut revendiquer la souverainté nationale.

A la conquête de plus d’autonomie

Pour autant, les nationalistes n’ont pas renoncé à acquérir plus d’autonomie. Grâce au scrutin de dimanche dernier, ils espèrent désormais obtenir la mention de la Corse dans la Constitution afin de poser les bases juridiques nécessaires à une autonomie de l’île au sein de l’Europe. Plusieurs mesures économiques inscrites dans leur programme illustrent cette volonté. Parmi elles, figurent la co-officialité de la langue corse, l’instauration d’un statut de résident ou encore celle d’un statut fiscal spécifique. Aussi, "Pè a Corsica" mise sur une "corsisation des emplois", une sorte de préférence régionale favorisant les travailleurs locaux.

"Seul l’Etat est décisionnaire sur les mesures économiques importantes, rappelle néanmoins Romain Pasquier. Cette victoire leur donnera, certes, quelques compétences supplémentaires, mais elle est surtout symbolique." Et si un référendum n’est pas forcement de rigueur, un accord doit tout de même être passé entre le gouvernement et une collectivité avant que celle-ci puisse devenir véritablement autonome. Pour l’instant, les Corses en sont loin.

Un bras de fer engagé avec l’Etat

Pourtant, selon Vincent Laborderie, ce scrutin pourrait s’avérer bien plus décisif que prévu sur le long terme. "Depuis plusieurs années déjà, les partis nationalistes corses se sont normalisés. Beaucoup de personnes ont, en réalité, voté pour eux parce qu’ils proposent une alternative aux partis traditionnels, explique-t-il. Une vraie dynamique peut émerger de cette victoire. Face au ras le bol général, Gilles Simeoni pourrait bien garder la tête du premier parti corse pour les quinze prochaines années".

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Un obstacle risque toutefois de contrarier les plans des nationalistes. Le 1er janvier 2018, de nouvelles élections auront lieu sur l’Ile de Beauté puisque les deux départements corses fusionneront alors en une collectivité territoriale unique. "Pè a Corsica" ne bénéficie donc que d’un délai de deux ans pour faire ses preuves auprès des électeurs. Un délai qui pourrait s’avérer insuffisant pour gagner le bras de fer engagé avec l’Etat.

En vidéo sur le même thème - Régionales : victoire historique des nationalistes en Corse

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