Yvan Stefanovitch vient de signer son nouveau brûlot consacré au gaspillage de l’argent public. Dans "Rentiers d’Etat", l’auteur dévoile comment les politiques se servent de ce système pour acheter la paix sociale.

Planet : Vous venez de sortir un nouveau livre sur le gaspillage de l’argent public. C’est un sujet qui vous énerve ?Yvan Stefanovitch* : "Nous sommes dans un régime présidentiel à caractère monarchique et à forte tendance corporative. C’est même devenu une habitude dans les institutions. Et ce système coûte chaque année des centaines de millions d’euros à l’Etat. Cela ne m’énerve pas mais j’ai envie de faire prendre conscience de cette particularité au peuple français. Les politiques préfèrent continuer à gaspiller l’argent public plutôt que de mettre fin à ce gaspillage. Pourquoi ? Pour acheter la paix sociale ! Je n’ai examiné qu’une partie du sinistre, celle qui touche les hauts fonctionnaires. Mais mes découvertes sont effarantes : des centaines de gens sont, en gros, payés jusqu’à 5 000 euros par mois à ne rien faire et ce, avec l’argent de l’Etat. Ces fonctionnaires travaillent pour la plupart au Conseil économique social et environnemental mais aussi à la Cour des comptes, au Conseil général économique et financier et au Conseil d’Etat. Certaines de ces personnes sont même censées contrôler ce type de gaspillage et réfléchir à des moyens d’y mettre fin et pourtant, elles ne font rien !

Planet : Pourquoi personne ne fait rien ? Yvan Stefanovitch : D’abord, parce qu’il est impossible de sanctionner un fonctionnaire. On peut taper du poing sur la table et, au pire, lui accorder moins de primes, mais on ne peut pas le punir. Ensuite, chez les fonctionnaires, règne un esprit de corps : on ne lave pas son linge sale en public et on règle les affaires ‘en famille’. Ensuite, ces hauts fonctionnaires que je pointe dans mon livre sont pour la plupart des énarques et des proches du chef de l’Etat. Ce dernier en a d’ailleurs nommé certains pour les remercier, pour leur donner une chance ou pour sauver des ‘naufragés’. Après avoir raté une carrière politique, ces derniers sont ravis de retrouver un poste et surtout, le salaire et la retraite qui vont avec.

Ce système est propre à toutes les politiques, qu’elles soient de gauche ou de droite. François Hollande se disait ‘normal’ et Nicolas Sarkozy se voulait ‘exemplaire’, mais tous les deux sont rompus à ce système. Ils ne font que ça.

Planet : Certains rentiers cités dans votre livre sont plus connus que d’autres… Yvan Stefanovitch : En 1989, François Hollande a lui-même reconnu qu’il ne faisait rien lorsqu’il travaillait à la Cour des comptes. Mais il n’est pas le seul à blâmer : s’il ne travaillait pas, c’est parce qu’on ne lui donnait pas de travail ! D’ailleurs, souvent, quand une institution de ce genre récupère un ancien Premier ministre ou une ancienne personnalité politique, ses collaborateurs n’osent pas lui donner du travail. Michel Rocard en est le parfait exemple. Au début des années 1990, il n’utilisait jamais son bureau à Bercy. Si bien qu’il a fallu plusieurs mois avant que quelqu’un se rende compte que les fleurs qui y avaient été disposées au moment de son arrivée avaient fané… Plus récemment, il y a également eu le cas d’Aquilino Morelle. Cet ancien conseiller de François Hollande a été évincé du gouvernement à cause de ses liens passés supposés avec des laboratoires pharmaceutiques mais personne n’a pointé le peu de rapports qu’il a réalisé lorsqu’il était inspecteur général des affaires sociales : seulement trois ! Et ce ne sont pas les seuls, on compte aussi, entre autres, Jeannette Bougrab qui n’est venue qu’une seule fois à une séance Conseil d’Etat ou encore Régis Debré qui n’y est allé que trois fois.

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Planet : Pensez-vous que votre livre permette d’ouvrir la voie pour remédier à ce copieux gaspillage ? Yvan Stefanovitch : Mon livre n’aura qu’une portée limitée. Son efficacité dépend de la politique menée. Or, comme je vous le disais, le président se comporte comme un monarque.Pour que les choses changent vraiment, il faudrait que seules les fonctions régaliennes soient confiées à des fonctionnaires, et le reste à des sociétés privées. Il serait aussi nécessaire que le cumul soit interdit, qu’on ne puisse pas mener une carrière politique tout en étant haut fonctionnaire. Certains y ont déjà volontairement renoncé comme Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, mais ils restent encore minoritaires".

*Yvan Stefanovitch est l’auteur de Rentiers d’Etat (éd. Du Moment).

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