Alors que l’on commémore ce vendredi les 20 ans de la disparition du président socialiste, retour sur un fait peu connu de tous : le passé très à droite de François Mitterrand. 

© DR / Mitterrand à la manifestation de 1935

Il y a 20 ans, jour pour jour, avaient lieu les obsèques de François Mitterrand, seul président à avoir exercé deux septennats. Ce vendredi, François Hollande et une partie de la gauche se rendront sur sa tombe à Jarnac (Charente) pour honorer la mémoire du premier président socialiste de la Ve République. Pourtant, "Tonton", comme le surnommaient affectueusement les militants socialistes, n’a pas toujours milité à gauche…

Issu d’une famille bourgeoise conservatrice, et catholique pratiquante, François Mitterrand naît en 1916, en pleine Première Guerre mondiale. Il fera ensuite ses études dans différentes écoles privées catholiques et deviendra même membre de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), une structure étudiante du mouvement Action catholique.

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En 1935, il défile contre "l’invasion métèque"

Le baccalauréat en poche en 1934, il s’installe la même année à Paris. Dans la capitale, François Mitterrand milite aux Volontaires nationaux, un mouvement politique de la jeunesse nationaliste des Croix-de-Feu, la ligue du colonel de La Rocque regroupant d’anciens combattants nationalistes.

Il défilera en février 1935 dans les manifestations contre "l’invasion métèque (des étrangers, Ndlr)" tout en se liant d’amitié avec des membres de la Cagoule, un groupuscule d’extrême droite. François Mitterrand deviendra critique littéraire dans le quotidien L’Echo de Paris d’Henry de Kérillis, proche du Parti social français (la nouvelle structure politique de la ligue des Croix-de-Feu, Ndlr), dans lequel il écrit notamment : "Désormais, le quartier Latin est ce complexe de couleurs et de sons si désaccordés qu’on a l’impression de retrouver cette tour de Babel à laquelle nous ne voulions pas croire."

Toutefois, François Mitterrand ne verse pas dans l’extrémisme. En témoigne Georges Dayan, un socialiste juif qu’il sauve d’agressions antisémites de membres de l’Action française (le principal mouvement idéologique de l’extrême droite, Ndlr), et qui deviendra un ami.

Mitterrand, le vichysto-résistant

Reste que pendant la Seconde Guerre mondiale, le futur président de la République aura une attitude ambiguë : il travaille pour le gouvernement de Vichy, recevant même la Francisque des mains du maréchal Pétain, tout en s’activant dans les réseaux de la Résistance qu’il rejoindra pleinement en 1943, en retrouvant le général de Gaulle à Londres. Cette part d’ombre du premier président socialiste de la Ve République avait fait l’objet d’un livre du journaliste Pierre Péan, Une jeunesse française, qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque de sa sortie en 1994, soit un an avant que François Mitterrand ne quitte le pouvoir.

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Après la guerre, François Mitterrand ne reniera pas ses amitiés les plus sulfureuses, notamment avec René Bousquet, secrétaire général de la Police sous le régime de Vichy et organisateur de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Quant au maréchal Pétain, François Mitterrand fleurira sa tombe de 1984 à 1991, comme l’on fait les précédents présidents, en mémoire du héros de la Première Guerre mondiale.

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