Alors que "l’annus horibilis" 2015 s’achève, le politologue Yves-Marie Cann nous explique pourquoi l’année qui vient sera décisive pour le président de la République.

Des attentats de Charlie Hebdo à ceux du Bataclan, François Hollande a dû gérer des situations de crise inédites pour le pays en 2015. Alors que l’année s’est achevée jeudi soir, le politologue Yves-Marie Cann, directeur des études politiques à l’institut Elabe, nous explique pourquoi les douze prochains mois ne seront pas de tout repos pour le président de la République.

"L’année 2016 sera une année décisive pour le chef de l’Etat dans le sens où c’est la dernière année pleine avant les élections présidentielles de 2017, explique-t-il à Planet.fr. Plus qu’une année décisive, c’est en quelque sorte la dernière chance pour François Hollande.", dont la côte de popularité a baissé de trois points (30 %) en décembre, alors qu’elle avait fait un bon de huit point au moment des attentats. "Pour autant, rien n’est perdu pour François Hollande – s’il désire se représenter – car les portes apparaissent plus ouvertes depuis les attentats et sa gestion de la crise appréciée par une large partie des Français qui lui ont reconnu une stature présidentielle.", nuance Yves-Marie Cann.

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François Hollande devra recoller les morceaux à gauche

Dans cet optique, la récente polémique sur la déchéance de la nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme a laissé et continuera à laisser des traces à gauche, au moins jusqu’en février quand le Parlement devra voter pour ou contre cette mesure, pour une éventuelle adoption avant l’été. "Sur ce sujet, on peut voir que si François Hollande est critiqué par une partie de la gauche, il peut compter sur une large partie des Français (86 % selon un sondage Elabe) qui soutiennent cette mesure.", analyse le politologue.

Reste que pour aborder l’année présidentielle qu’est 2017, François Hollande devra œuvrer toute cette année pour recoller les morceaux à gauche. "Il devra faire la synthèse à gauche, un exercice qu’il affectionne, pour s’assurer une majorité à la présidentielle afin de gagner au second tour, mais surtout avance cela, de se qualifier pour le premier." En effet, selon un sondage TNS Sofres-OnePoint pour Le Figaro, LCI et RTL, publié mi-décembre, François Hollande serait absent du second tour de la présidentielle dans tous les cas de figure. A ce sujet, un nouveau remaniement ministériel est prévu pour le début de l’année. Il se murmure que des ouvertures à la gauche de la gauche pourraient être faites. Le patron du Parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet, ou Emmanuelle Cosse, secrétaire générale d’EELV, sont pressentis pour entrer au gouvernement.

Mais pour le politologue, plus qu’un remaniement "dont l’impact est très limité dans l’opinion", ce que les Français attendent du président, ce sont des changements économiques. "Si la France a retrouvé la croissance, celle-ci reste pour l’instant insuffisante pour faire baisser la courbe du chômage que François Hollande avait promis d’inverser fin 2013, en faisant même la condition sine qua non pour se représenter à l’élection présidentielle.", rappelle-t-il.

Le président veut faire de 2016 "l'année de la Marseillaise"

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A côté de l’économie, François Hollande pourrait profiter de plusieurs évènements en 2016, à l’instar de la COP21 en décembre dernier, pour remonter dans le cœur des Français. Ainsi de l’Euro de football qui se tiendra en France du 10 juin au 10 juillet et qui pourrait, en cas de victoire française, créer une euphorie qui retomberait sur le président, comme en 1998 pour Jacques Chirac avec la Coupe du monde. Le président a d’ailleurs donné le ton en indiquant en septembre dernier vouloir faire de l’année 2016, "en même temps que l'Euro, l'année de la Marseillaise pour qu'elle puisse être partout célébrée, parce que dans les moments que nous traversons, c'est très important que nous puissions nous unir."

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