François Bayrou mise sur un cheval inconnu

J'avoue que le ralliement inconditionnel de François Bayrou à Emmanuel Macron me surprend. Je conçois très bien que François Bayrou ne se présente pas à l'élection présidentielle : celle-ci est tellement imprévisible que François Bayrou lui-même, en dépit de son aura incontestable, n'est pas certain d'atteindre la barre fatidique des 5%. Dans ce cas, il devrait payer, avec ses propres deniers, une campagne qui coûte nécessairement fort cher. Ce serait un handicap pour le reste de sa vie personnelle : le vicomte de Villiers, lui aussi fort honnête homme, en sait quelque chose.

J'aurais donc très bien compris que François Bayrou ait fait part de cette décision et qu'il ait ajouté que Emmanuel Macron lui semblait un candidat de valeur avec des idées intéressantes. Ce ne serait pas la première fois que François Bayrou réserve son jugement afin d'en savoir plus et, éventuellement, de peser sur le programme final. Or, à ce jour, on ne sait quasiment rien sur Macron, hormis qu'il a des dents longues, ce qui n'est pas toujours un défaut. On ne connaît pas vraiment son programme, sauf quelques bribes. On ne sait pas ce qu'il pense, notamment dans le domaine sociétal : son "attention" à la Manif pour tous, d'une part, et son slalom sur la colonisation, d'autre part, font preuve d'une immaturité inquiétante. A moins que ce ne soient des sujets qui ne l'intéressent pas réellement et sur lesquels il est prêt à toutes les concessions : exactement le contraire de Bayrou.

Les trois premières conditions "exigées" par François Bayrou sont abstraites et théoriques : elles n'engagent évidemment pas Emmanuel Macron. La quatrième condition, concernant une part de proportionnelle, ne saurait contrevenir aux ambitions de celui-ci.

Revenons sur la première condition, mise en avant par Bayrou lors de son interview, au journal de 20h, sur France 2 : une loi de moralisation de la vie publique, notamment en vue d'éviter les conflits d'intérêt entre les puissances de l'argent et le pouvoir politique. La formulation actuelle est suffisamment ambigüe pour engendrer une usine à gaz. Par contre, Macron vient de la haute finance. De plus, et surtout, les écus lui tombent du ciel pour payer des meetings parfaitement organisés et qui coûtent nécessairement fort cher. Pour moi, en l'état actuel des informations, la couleuvre est tros grosse pour être avalée.

Enfin, Bayrou évoque, certes discrètement, un sens du sacrifice qui ne laisse pas que de bons souvenirs. J'aurais préféré qu'il reste au poste de censeur bienveillant mais lucide.