Les enregistrements faits par Patrick Buisson ont fait l’effet d’une bombe au sein de la sarkosphère. L’occasion de dresser le portrait d’un homme abonné aux espionnages.

© MIGUEL MEDINA / AFP

"Le seul qui arrive à faire taire Sarko". Tel est décrit Patrick Buisson, éminente tête pensante de l’Elysée sarkozyenne. Homme coutumier des conforts de l’ombre, peu féru des brûlures des projecteurs, l’ancien conseiller présidentiel s’est pourtant vu catapulté en première ligne de la corrida médiatique. L’occasion de dresser le portrait d’un stratège politique hors-pair, entre flirts avec l’extrême-droite, écriture et trahisons.

Entre Maurras et les colonies

Fils d’ingénieur adhérant à Action Française puis au Rassemblement du peuple Français gaulliste, Patrick Buisson, né en 1949, grandit au gré des discours anticommunistes et des louanges de Charles Maurras, théoricien du nationalisme intégral. Nostalgie coloniale, haine viscérale de l’idéologie gauchiste : autant d’aspects d’un héritage familial mis à rude épreuve dès 1968, lorsque, étudiant en histoire à l’Université de Nanterre, il se retrouve cerné de trotskistes et autres anarchistes. Un climat d’hostilité ambiante au sein duquel il accomplit ses premiers pas en politique en rejoignant la Fédération nationale des Etudiants de France (Fnef), syndicat étudiant de droite dure dont il sera vice-président de 1967 à 1972n, etproche d’Occident, virulent groupuscule d’extrême-droite. Un milieu qu’il n’a, malgré sa bifurcation vers le journalisme et l’écriture, jamais quitté.

Le flou idéologique

Titulaire d’une maîtrise d’histoire, il enseigne brièvement, mais Patrick Buisson s’oriente très vite vers le journalisme politique. Il rejoint en 1981 le journal d’extrême-droite Minute, dont il prend les rênes dès 1986. Une carrière ponctuée de plusieurs essais, pamphlets et manifestes, ainsi que d’un carnet d’adresses toujours grandissant. Une notoriété qui le conduit à devenir un proche de Jean-Marie Le Pen, dont il refuse de devenir député. 

Mais ce qui a fait la notoriété de Patrick Buisson, c’est son goût pour la variété. En effet, l’homme, décrit par beaucoup comme aussi froid que discret, s’est durant de nombreuses années nourri de tous les râteliers que ses idées voulaient bien lui consentir. Ainsi dès 1990, il devient le conseiller tant de Jean-Marie Le Pen que de Philippe de Villiers, toujours fidèle à ce souhait d’une vie : "réaliser le compromis des nationalistes". Autrement dit rassembler FN, RPR et UDF en une coalition qu’il théorise dans son Guide de l’opposition publié en 1986.

Ce n’est cependant qu’en Nicolas Sarkozy que Patrick Buisson trouve chaussure à son pied. Très proche conseiller de l’ancien président, ce dernier le couvre de louanges, en 2007, lorsqu’il le décore de la légion d’honneur. "Patrick est celui à qui je dois plus qu’à tout autre", avait-il. Bien loin d’imaginer alors que celui qui l’avait amené au sommet serait peut être celui qui l’empêchera d’y remonter.  

Le "fieffé grenouilleur"

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Mais cette polyvalence discrète n’a pas été maçonne que de son succès. Son air maniganceur, ce côté stratège, n'était inconnu de personne chez Minute. Une attitude qui lui a valu le sobriquet de "fieffé grenouilleur" par ses collègues. En effet, Patrick Buisson, en enregistrant son patron, n’en était pas à son coup d’essai. Celui-ci s’est vu plonger dans une trouble affaire d’espionnage lorsqu’il officiait encore chez Minute, et s’était vu accusé d’avoir placé des micros dans le bureau de son directeur qu’il estimait trop modéré. Un acte alors considéré comme destiné à servir Le Pen dont il entretenait la montée en puissance. Suite cet épisode, le "grenouilleur" a été séquestré dans son bureau par trois de ses rédacteurs en chef. Une captivité dont il sera délivré par le service d’ordre de Le Pen lui-même. Quelques jours plus tard, le traitre est limogé de Minute

 

A voir en vidéo : Patrick Buisson, l'homme qui murmurait à l'oreille du président