Si le Hollande-bashing a le vent en poupe, David Van Hemelryck est clairement l’un de ses plus virulents porte-paroles. Fondateur du mouvement "Hollande Démission", cet Orléanais milite en réalité plus pour une modification du système électoraliste que pour une simple destitution du Président. Interview. 

Vous semblez extrêmement motivés dans votre démarche de destitution du président…

C’est exact. Tout a commencé vers le 14 juillet 2013, où, avec des sympathisants, on a organisé des huées. Puis, l’été qui a suivi, j’ai investi toutes mes économies pour acheter un avion et une banderole. J’ai fait des emprunts. J’avais un brevet de pilote, mais j’ai passé la qualification remorqueur de banderole pour l’occasion, en un temps record compte-tenu de la date, parce qu’il fallait que je sois sur les plages avant la fin de l’été. J’ai alors fait la tournée des plages de France avec une banderole aérienne avec ce message : "Hollande Démission" (voir la vidéo ci-dessous). J’étais entrepreneur, mais ce mouvement est devenu mon activité à temps plein.

Et le mouvement a pris de l’ampleur…

Quand on additionne les différentes pages qui parlent de nous, on arrive à 600 000 adhérents. Comme il y a un peu de redondance, on peut estimer qu’il y a 400 000 sympathisants. Mais une bonne mesure de l’audience du mouvement, c’est les 800 000 vues de l’arrestation de la voiture qu’affiche Dailymotion.

Le Président est si impopulaire que ça ?

Monsieur Hollande, il se fait huer partout où il va. Pour le 14 juillet, le gouvernement a installé des haut-parleurs qui diffusaient des applaudissements… Clairement, les frondeurs n’ont pas manifesté leur opposition au gouvernement, ils se sont abstenus pour garder leur place. Mais s’ils pouvaient garder leur place tout en affichant leur mécontentement à Hollande, ça ferait longtemps que le PS souffrirait de lignes de fracture beaucoup plus fortes.

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Vous dénoncez aussi l’attitude des forces de l’ordre à l’encontre de votre mouvement.

A l’occasion du 11 novembre 2013, des sympathisants ont offert une voiture au mouvement, sur laquelle est inscrit le slogan "Hollande Dégage", ainsi que le nom de notre site. Ce jour là, j’ai été mis en garde à vue pour deux jours parce que j’ai osé m’approcher des Champs-Elysées avec cette voiture. Elle ne m’a pas été rendue tout de suite mais a été saisie, ce qui était purement illégal. La répression en France s’installe sur un fond de plus en plus anti-démocratique. On a dû porter plainte pour vol, et au bout de trois mois, la voiture a été rendue discrètement par les forces de l’ordre qui ne voulaient pas que la procédure aille plus loin. La « Hollandette », comme on l’appelle, est devenue ma voiture au quotidien. Je l’utilise pour faire mes courses.

Quel est l’objet de votre mouvement, concrètement ?

Ce gouvernement ne s’appuie absolument pas sur l’approbation populaire. On ne peut pas dire ça quand on compte 13% de soutien. 13% qui sont essentiellement de la loyauté envers le PS. Mais l’idée, en substance, c’est que les citoyens peuvent se lever ensemble pour dénoncer le système. Un système qui a abouti au gros bug qu’est Monsieur Hollande. François Hollande n’est que le résultat d’un système électoraliste à la dérive.

Qu’est-ce que vous appelez le système ?

Le féodalisme électoral. Aujourd’hui, les hommes politiques essaient de conquérir un fief, en tentant d’obtenir une investiture dans leurs partis respectifs. Une fois que c’est fait, ils sont dans des circonscriptions gagnées d’avance, et une fois qu’ils ont des fiefs solides, ils essaient de monter à l’assaut du trône. Mais les citoyens se rendent compte qu’ils n’ont pas de moyen de sanction envers les élites. Il faut une démocratie avec des instruments de censure de la part du peuple, qui permet de se débarrasser des éléments les moins vertueux. Quand on a de tels contre-pouvoirs et qu’il existe une prépondérance du choix populaire, de facto, les gens qui se destinent à la politique sont des gens comme vous et moi qui ont envie de faire le bien de la nation. Par exemple, avec le quinquennat et l’abolition des législatives à mi-mandat, les scrutins sont télescopés. On dénonce d’autres choses : l’absence de proportionnelle au parlement, le seuil de remboursement de la campagne des partis à 5% etc. Toutes ces mesures sont là pour perpétuer le statu quo. Ce n’est pas démocratique.

Justement, votre groupe s’appelle Hollande Démission. Vous n’appelez pas à première vue à changer de système. Le passant qui voit des stickers "Hollande Démission", il ne voit pas la teneur de votre discours derrière…

Hollande Démission, c’est le slogan, c’est pour capter l’attention. Mais dans nos écrits et nos discours, on dénonce le système. Sauf que faire passer tout notre programme politique en deux mots, ce n’est pas possible. Je ne crois pas que les citoyens s’arrêtent dans la rue pour lire des manifestes politiques collés sur un feu rouge. Si on mettait notre dénonciation du système en avant, on aurait l’air d’anarchistes. Donc un visage de président avec la mention "Dégage" en dessous, ça casse un tabou. On amène le citoyen à partir de son ras-le-bol pour ensuite avoir une réflexion un peu plus poussée. Notre action sert à donner du courage citoyen.

A titre personnel, vous vous situez où politiquement ?

Je n’ai jamais appartenu à un parti. J’ai fait polytechnique et je considère que la vision en une seule dimension de la politique de la gauche vers la droite avec un centre au milieu, ça ne tient pas compte des problématiques diverses. La sécurité, l’économie, le chômage, ça va au delà d’une dimension gauche droite. La ligne de description gauche-droite est une invention volontairement simplificatrice dans le but d’abrutir le peuple et d’appauvrir le débat, sachant qu’à l’intérieur d’un même parti y a des désaccords sur les questions économiques…

Vous savez pour qui vous voterez en 2017 ?

Je voterai par acquis de conscience, mais je dénonce le système actuel comme une mascarade. Et puis, il revient à donner tous les pouvoirs à une seule personne qui peut nous avoir menti pendant la campagne… Donc je comprends les abstentionnistes. Certaines orientations que Monsieur Hollande annonce n’ont rien de mal. Le problème, c’est qu’il n’a pas la compétence et peut-être pas l’honnêteté pour les mener. C’est comme un chef d’entreprise en lequel personne n’aurait confiance : les employés commencent à chercher du travail ailleurs.

Est-ce que vous vous estimez proche des analyses d’Etienne Chouard ?

Cela fait longtemps qu’on m’en parle, mais je ne l’ai jamais rencontré, malheureusement. Je n’ai pas eu le temps de me pencher sur la question, mais, de ce que me disent beaucoup de nos sympathisants, je suis ravi du fait qu’il y ait consensus sur un certains nombre d’idées chez les hommes qui réfléchissent honnêtement à la politique. Je ne revendique en aucun cas la paternité des idées que je défends. Ce que notre groupe essaye de mettre en avant, c’est de porter en avant le combat politique des citoyens contre le système. Quant à la ligne politique exacte du mouvement, elle sera affinée petit à petit à mesure des congrès qui se tiendront.

Vous pensez que François Hollande ira au bout de son mandat ?

Je suis un scientifique, je fais de probabilité. J’évaluerais donc sa démission à une chance sur dix. On en est encore à des probabilités faibles, mais c’est dix fois plus probable qu’il y a un an. Et c’est déjà beaucoup si vous considérez les remous que ça pourrait engendrer.

Et s’il démissionne effectivement, c’est quoi la suite ?

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Alors l’ensemble des citoyens se rendra bien compte qu’ils auront un peu contribué à le mettre dehors. Et s’il se passait ce genre de séisme, immédiatement se poserait la question de l’après-démission d’un président. Ca donnerait d’autant plus de chances de réformer les institutions.