Clash, PMA, APL... Claire O’Petit, le franc-parler à l’Assemblée : "Je dirais toujours ce que je pense"

Elue députée LREM de la 5ème circonscription de l'Eure aux dernières législatives, Claire O'Petit a depuis beaucoup fait parler d'elle. Rencontre. 

Planet : Parlez-nous de votre amitié avec madame Brigitte Macron ?

Claire O'Petit : Dire ‘’amie’’, ce serait extrêmement prétentieux. Nous sommes complices, nous nous apprécions, il n’y a pas de souci, mais le mot ami est un mot que beaucoup de gens s’accaparent et je ne suis pas l’amie de madame Macron. Pour moi et pour elle, j’en suis sûre, une amie c’est une véritable confidente. Nous parlons de beaucoup de choses mais le mot ‘’ami’’ serait beaucoup trop prétentieux.

Planet : De quoi parlez-vous ?

Claire O'Petit : De tout, absolument de tout, mais je ne vous en dirais pas plus.

Planet : Vous intervenez encore régulièrement dans les Grandes Gueules sur RMC, est-ce que vous vous auto-censurez depuis que vous avez été élue députée ?

Claire O'Petit : Oui, c’est pour cela que je n’y vais plus qu’en tant qu’invitée. Je n’y suis que pendant une demi-heure. Là, nous parlons de politique et de mes positions, et non plus de tous les sujets. Je ne pourrais pas dire exactement ce que je pense sur une actualité bien précise, surtout sur tout ce qui peut être judiciaire.

Planet : Vous êtes membre du groupe de travail sur les JO Paris 2024, il y a eu récemmment une polémique quant à la délégation à Lima qui aurait coûté 1,5 millions d’euros… Vous serez attentive aux dépenses ?

Claire O'Petit : Evidemment, même là, c’est là inadmissible de dépenser autant d’argent. Il va falloir faire extrêmement attention. Il y a un budget d’accord, mais il faut faire attention. Il y a trop de gens qui souffrent à l’heure actuelle pour que le comité olympique se permette des cinq ou six étoiles, des premières classes et des choses comme ça. Je serai la première à le dire ou à le dénoncer.

Planet : Vous avez fait part de votre indignation à madame Hidalgo ?

Claire O'Petit : Non, parce que lors de la réunion que nous avions la semaine dernière, madame Hidalgo était présente en tant qu’invitée et nous aussi puisque c’était la Française Des Jeux qui nous recevait. Nous n’étions que cinq à pouvoir intervenir, j’ai pu prendre la parole, mais il s’agissait d’un repas pour faire connaissance et non pas d’un repas de travail. J’ai tout de même dit à madame Hidalgo qu’il fallait faire attention aux départements et aux régions. Même si Paris 24 c’est avant tout Paris, il faut penser aux autres. Je me bats et je me battrai pour que la flamme olympique passe dans notre circonscription en Normandie.
C’est aussi pour ça qu’il faut faire attention avec l’argent. Beaucoup de gens hors de Paris se demandent pourquoi leurs impôts serviraient à construire une piscine à Aubervilliers. C’est une fête et c’est une belle opportunité mais à condition que l’on respecte tout le monde.

Planet : On vous qualifie souvent de personne gouailleuse, et plus familièrement de ‘’grande gueule’’, est-ce que c’est un terme que vous assumez ou réfutez ?

Claire O'Petit : Ca dépend. J’ai été dans une émission dont le titre était les Grandes Gueules, c’est très porteur. Si je n’avais pas le tempérament que j’ai et si je n’avais pas le franc-parler que j’ai, ils ne m’auraient jamais gardé aussi longtemps à l’antenne. Mais de là à ne me voir que comme une grande gueule, m’inviter sous ce prétexte, attendre la petite phrase, au point de m’appeler la Nadine Morano d’En Marche, ça je ne l’admets pas. Je suis Claire O’Petit avec un franc-parler, oui, bousculer les choses, oui, grande gueule, peut-être, mais ça dépend comment on le dit et sur quel ton. Non seulement ça peut être blessant mais ça m’empêche d’intervenir en me disant qu’on m’attend trop au virage. Mes interventions à l’assemblée nationale je les mesure et je me retiens bien souvent. Donc je préfère poser des questions écrites. Je suis trop surveillée.

Planet : Vous avez justement récemment posé une question écrite concernant les enfants nés sous X, qui n’ont pas accès à leurs origines, vous êtes contre la PMA ?

Claire O'Petit : Concernant ma question à la ministre de la santé, je suis pour qu’un enfant puisse accéder à ces informations, mais il ne faut pas que ça soit une obligation. Vous avez des enfants qui vivent très bien sans le savoir et qui n’en ont pas besoin. Mais si un enfant a besoin de connaître ses origines, ou son père géniteur ou sa mère, pour se sentir bien, il faut ouvrir cette possibilité-là.

Planet : Mais concernant la PMA ?

Claire O'Petit : Ça ne me gêne absolument pas, je n’ai rien contre. Je n’aurais aucun problème à voter pour l’ouverture de la PMA aux femmes célibataire et aux lesbiennes.

Planet : Tout le monde n’est pas aussi à l’aise que vous sur la question au sein de La République en Marche…

Claire O'Petit : Ils en ont le droit. Nous sommes des êtres humains avec notre vécu et notre analyse et je respecte toutes ces positions. Moi je parle de la mienne. Là, on est dans l’ordre de l’intime, c’est lié à ce que chacun peut ressentir. J’aurais des débats avec eux, il doit y avoir un blocage, peut-être dans l’éducation, mais moi je parle de moi. S’il y a des arguments fondés pour dire non, je le respecterai mais s’il y a des arguments litigieux, j’en serais extrêmement mal à l’aise. Je ne pourrai jamais travailler avec des personnes de Sens Commun [NDLR : mouvement politique émanant de La Manif Pour Tous].

Planet : Est-ce que vous avez des ambitions en politique ?

Claire O'Petit : Je vous assure que je n’ai jamais pensé à devenir présidente de la République !

Planet : Il y a quand même d’autres postes avant...

Claire O'Petit : Après député, vous avez sénateur, après peut-être président de parti… On peut toujours réussir à avoir un ego surdimensionné mais je vous assure qu’être députée me convient très bien, j’en suis très fière. Après, si ma situation me le permet, que tout va bien, pourquoi pas un deuxième mandat, ça je ne l’exclus pas. Pour l’instant je veux remplir mon mandat.

Planet : Vous avez fait polémique avec votre phrase sur les APL, est-ce vous regrettez cette phrase ?

Claire O'Petit : Absolument pas. Maintenant si des personnes se sentent blessés, je ne m’adressais pas à la population dans sa totalité. Je m’adressais à des jeunes gens qui viennent se plaindre. Vous savez tous ceux qui m’appelaient, je leur demandais la marque de leur téléphone, c’était toujours des téléphones entre 500 et 800 euros.
Un étudiant coute à la nation entre 14 et 15 000 euros par an, là nous leur demandons un effort de 5 euros sur l’APL et nous payons nous avec nos impôts pour investir sur eux. C’est un très bon investissement quand les jeunes sont dans la bonne branche, quand ils vont au bout de leurs études. Mais vous avez combien d’étudiants qui abandonnent la première année ? Ils ont eu un rêve, de faire un métier, mais arriver au bout il n’y a rien et ce n’est pas possible. Tout cela, ça a un coût pour nous. Mais quand vous avez certains syndicats de jeunes qui disent ‘’C’est pas grave, peu importe, ils ont choisi, il faut leur laisser’’, je dis non.

Planet : Au mois d’octobre, la cour d’appel de Paris doit rendre un arrêt pour confirmer ou infirmer un jugement rendu par le tribunal de commerce de Bobigny à votre encontre, pour faute de gestion. Si le jugement est confirmé vous aurez à payer 110.000 euros, est-ce que vous êtes sereine ?

Claire O'Petit : Attendons la décision dans quelques semaines et après nous parlerons. Tout ce que je sais, c’est que le procureur a demandé que je ne rembourse pas.

Planet : Vous avez le soutien d’En Marche ?

Claire O'Petit : Ce n’est pas une affaire d’avoir du soutien ou pas. C’est une affaire civile, ce n’est pas du pénal. En Marche le savait et m’a quand même donné l’investiture, j’ai été élue et les électeurs le savaient. Je ferais des commentaires après avoir eu le résultat de mon appel.

Planet : Au séminaire d’En Marche à la rentrée, vous vous êtes affichés avec Aurore Bergé avec laquelle vous aviez pourtant eu un petit différent. Tout cela est derrière vous ? [Pour rappel : Claire O’Petit se montre très critique envers Richard Ferrand, le président du groupe LREM à l’Assemblée et se fait "recardrer" quelques jours plus tard par Aurore Bergé. Claire O’Petit déclare peu après dans Society : ‘’Je vais me la faire’’, en parlant de sa cadette]

Claire O'Petit : Il y a des journalistes qui font très bien leur métier et il y a les autres, je suis tombée sur un autre.

Planet : Vous estimez avoir été piégée ?

Claire O'Petit : Non pas piégée, simplement, quand on prend les paroles qu’on les rapporte et qu’on les déforme… Quand on m’a dit ce qu’avait dit Aurore Bergé, j’ai éclaté de rire, parce que j’ai un ego tout à fait normal. Je n’ai pas besoin d’attaché de presse et je ne parle pas pour elle. Ça m’a fait rire. Je l’apprécie et on s’entend bien. Quand je ne peux pas passer dans les médias, bien souvent je l’appelle pour lui demander si elle veut faire telle ou telle émission. Je n’ai absolument rien contre elle.

Planet : C’est Richard Ferrand qui a animé en partie le séminaire de rentrée, vous aviez été assez critique contre lui, est-ce que vous avez une meilleure opinion de lui ?

Claire O'Petit : Oui bien sûr, on travaille. Je n’ai parlé qu’une journée mais cette journée-là a été extrêmement importante. Il y a eu des disfonctionnements incroyables, avec des personnes nommées à des postes et qui n’avaient pas assez de bagages. Nous l’avons payé très cher. Dans les médias, on nous prend pour des bénis oui-oui ou des incompétents. Quand on n’a pas l’expérience, être député c’est déjà très bien et il faut s’en contenter.

Planet : Rien ne semble vous empêcher de dire ce que vous voulez ?

Claire O'Petit : Je suis En Marche. J’ai adhéré pour Emmanuel Macron, pour ses idées, pour ce qu’il veut faire. Le gouvernement je ne l’ai jamais critiqué. Notre président, je ne l’ai jamais critiqué. Par contre, sur le reste, je dirais toujours ce que je pense. Ça plaît, tant mieux, ça ne plaît pas, tant pis. C’est important parce que nous n’avons pas le droit à l’échec. Nous devons prendre nos responsabilités, parce que sinon la prochaine fois, ça sera le Front de Gauche ou le Front National

Outbrain

Vidéo - Retrouvez ci-dessous notre zapping Actu du jour

Publié par Lucie Oriol le Friday 06 October 2017, 15h46