Le journaliste Franz-Olivier Giesbert dévoile dans ''Chirac. Une Vie'' (Flammarion) des pans méconnus du parcours de l'ex-président.

Qui est Jacques Chirac ? Qui se cache derrière l'homme de pouvoir, président de la République pendant douze ans (1995-2007) ? Franz-Olivier Giesbert (FOG) apporte des réponses dans sa longue biographie Chirac. Une Vie (Flammarion, 25 euros). Même s'il l'a suivi pendant près de quarante ans, même s'il se nourrit de ses anciens entretiens avec lui et des personnalités qui l'ont connu, le journaliste n'est ''pas sûr d'avoir percé sa vérité''. Il livre au moins des histoires méconnues sur l'ex-chef de l'Etat.

Les fragilités de sa famille

À la naissance de Jacques Chirac, en 1932 à Paris, la crise économique fait des ravages. Ses parents n'en souffrent pas. Sa mère est femme au foyer, son père, banquier, est en pleine ascension sociale : il était instituteur, il deviendra directeur général dans l'industrie aéronautique. Dans leur vie intime, il y a une faille. Le couple a déjà eu une fille, morte à l'âge de deux ans. '''Ma mère avait été traumatisée, confie Jacques Chirac à l'auteur. Je n'ai jamais bien compris si elle ne pouvait plus avoir d'enfant ou bien si mes parents ne voulaient plus en avoir à la suite de cette affaire. Toujours est-il que je suis né par accident.'''

Marie-Louise ''le couve et le couvre d'attentions'', explique FOG. Abel, combattant de la guerre de 14-18, est sévère, exigeant envers son fils. Il ''mène, en dehors du domicile familial, une vie sentimentale aventureuse. (…) Il s'était installé, entre les deux époux, quelque chose de lancinant et d'indicible''. Des décennies plus tard, Bernadette Chirac parlera des infidélités de son propre conjoint.

Galopin face aux nazis

Après la victoire de l'Allemagne en 1940, poussée à l'exode, la famille Chirac a déménagé dans le Var. Jacques et son complice Darius jouent des tours à l'occupant. Les nazis utilisant le téléphone pour communiquer, les galopins ''s'amusent à couper les fils (qui traversent la campagne), au grand dam de leurs parents. Ils en font ensuite des ficelles ou des lassos, c'est selon. Action de vandalisme plutôt que de résistance''. Même si le petit garçon se sent peu à peu favorable à Charles de Gaulle.

Ephémère militant de gauche

Au début des années 1950, comme Michel Rocard, son camarade de Sciences Po, lui propose de rejoindre la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière, ancêtre du PS), Jacques Chirac refuse. À en croire l'ancien Premier ministre (1988-1991), ''il fut 'à deux doigts' de prendre sa carte''. Mais ''Jacques Chirac est certain, lui, d'avoir adhéré 'quelque temps' aux Etudiants socialistes''.

Lui qui trouvait ''la SFIO pas assez à gauche'' milita au Parti communiste. ''En 1952, on le voit brandir, deux semaines de suite, L'Humanité-Dimanche devant l'église Saint-Sulpice (dans le VIe arrondissement de Paris). On l'aperçoit dans une réunion de cellule'' à proximité. Le jeune homme déchante, indiquant avoir '''été épouvanté par le sectarisme, la langue de bois, le culte de la personnalité de Staline.'''

Sa vocation manquée d'officier

Après Sciences Po, il réussit le concours de l'ENA. Mais appelé sous les drapeaux, ''il fait son apprentissage d'officier'' à Saumur. Refusant son affectation à Berlin, il part volontairement faire la guerre en 1956. Face aux rebelles algériens qui luttent pour leur indépendance, ''Jacques Chirac est à la tête de trente-deux hommes (...), il conduit des opérations de ratissage ou monte des embuscades''. Il prend goût au pouvoir, fouettant parfois ses soldats pour les rappeler à l'ordre. Il étanche sa soif d'aventure. Alors à la fin de son service, il veut entrer définitivement dans l'armée. Son ''contrat avec l'Etat'' l'en empêche : il doit devenir haut fonctionnaire.

Son incrédulité face à l'ascension de Sarkozy

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Réélu à l'Elysée en 2002 avec plus de 82 % des voix face à Jean-Marie Le Pen, Jacques Chirac ne croit pas que son ministre de l'Intérieur prendra sa place. Avant la présidentielle de 1995, Nicolas Sarkozy l'avait déjà trahi, oui, mais il s'était trompé : son favori, Edouard Balladur, avait été éliminé dès le premier tour. Le chef de l'Etat ''est convaincu que l'étoile (… du ministre) pâlira vite. En attendant, à l'aube de son second mandat, elle est au firmament''. Pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy grimpe sans s'arrêter. Quand Jacques Chirac quitte l'Elysée en 2007, c'est à son mauvais fils qu'il doit transmettre le destin de la France.

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