La ministre de la Justice a récemment posé un ultimatum à l’exécutif : elle quittera le gouvernement si son projet de loi sur les mineurs ne passe pas devant le Parlement. Mais d’autres éléments pourraient également peser dans la balance.

Christiane Taubira aurait des envies d’ailleurs. Selon les informations du Journal du Dimanche, la garde des Sceaux serait prête à quitter le gouvernement si le Premier ministre et le président de la République n’accèdent pas à sa demande : que le projet de loi sur les mineurs passe devant le Parlement.

Et ce n’est la première fois que la ministre négocie sa présence au gouvernement contre le passage d’une de ses réformes. En 2014, Manuel Valls avait dû lui promettre une mise en œuvre rapide de la  réforme pénale pour qu’elle accepte de rester. Mais si l’an dernier, le Premier ministre a réussi à la faire changer d’avis, la situation s’annonce plus compliquée cette année. A Matignon, son entourage évoque un problème de calendrier, rapporte le JDD. Un argument contesté par les proches de Christiane Taubira. Le texte serait "déjà prêt, et si le Premier ministre avait voulu lancer les réunions interministérielles, il aurait pu", arguent-ils tout en dénonçant un débat risqué dont "personne ne veut" avant les élections régionales.

Et c’est là que le bât-blesse : la garde des Sceaux en aurait assez d’attendre "sans broncher", écrit l’hebdomadaire. "Si on ne la fait pas (ndlr : la réforme de la justice des mineurs), ce serait un aveu d'impuissance et moi, je ne l'assumerais pas", a-t-elle-même prévenu la semaine dernière sur RMC.

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Une mauvaise ambiance de travail Une impatience à laquelle s’ajoute une ambiance de travail quelque peu compliquée. En trois ans, la ministre a vu défiler quatre directeurs de cabinet. Le problème ? La manière de travailler de Christiane Taubira. Un candidat au poste a en effet raconté au JDD qu’elle appellerait ses "dircabs" à "trois heures du matin" ou encore qu’elle leur ferait tenir "un rythme infernal". Des informations confirmées par un membre de son équipe : elle envoie des sms "à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, souvent à trois ou quatre heures du matin".

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Une ministre souvent cibléeDes éléments qui ne manquent jamais de nourrir les critiques de ses détracteurs. Christiane Taubira est même souvent la cible de la droite et de l’extrême droite. Le directeur du journal d’extrême droite Minute a d’ailleurs été récemment condamné pour sa Une comparant la ministre à un singe. "C'est de plus en plus violent. Pour moi personnellement. Pour mes quatre enfants qui prennent ça en pleine figure, pour mes petits-enfants. Cette violence est incommensurable. Un journaliste a écrit que depuis Salengro, on n'avait jamais vu un personnage public attaqué avec une telle violence…" , a-t-elle déclaré à Paris Match. La garde des Sceaux commentait alors la sortie de son livre L’Esclavage raconté à ma fille. "Mais ils n'auront pas mon suicide", a-t-elle ensuite affirmé.

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Le "coup de blues" de trop ?Malgré sa détermination à ne pas s’avouer vaincue,  Christiane Taubira aurait parfois du mal à supporter la situation. "J’ai le droit d’avoir des coups de blues", avait-elle fait valoir sur le plateau du "Supplément politique" de Canal+ l’an dernier. "J’ai envie de rentrer chez moi. Ça suffit. Tout ça me gonfle", avait-elle-même lâché à ses proches. Mais plus que son ras-le-bol, c’est tout ce que représente la ministre qui pourrait lui faire obtenir gain de cause auprès de François Hollande. A l’Elysée, le bruit court qu’il serait déterminé à la faire rester. Mais on ignore encore comment.

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