Journaliste politique depuis 1999 et forte de suivre Nicolas Sarkozy depuis 2002, Christelle Bertrand a récemment signé un ouvrage dédié à l’ancien président : "Chronique d’une revanche annoncée". Un livre ponctué de témoignages inédits. Interview de l’auteure.

Planet : Vous évoquez* le retour de Nicolas Sarkozy comme s’il avait toujours su qu’il allait l’entreprendre…Christelle Bertrand : "J’explique en effet dans mon livre qu’il avait l’air serein le soir où il a perdu face à François Hollande en 2012. C’est en tout cas ce que son entourage a ressenti et m’a confié. Juste après l’annonce du résultat de la présidentielle, une réunion a été organisée à l’Elysée. Henri Guaino avait alors préparé un texte dans lequel une phrase laissait entendre que Nicolas Sarkozy quittait définitivement la politique ce qui, selon les personnes alors présentes, a eu l’air de le déranger. Cette impression a par la suite été confirmée lorsque l’ancien président a confié à une amie en marge de discours de la Mutualité : ‘Dans un an et demi je serai à nouveau l’homme politique le plus populaire du pays’, François Hollande est ‘un sucre dans un verre d’eau’.

Planet : Revenir après une telle défaite, serait un véritable défi. Est-ce ce qui plaît à Nicolas Sarkozy ?Christelle Bertrand : A ses yeux ce n’est pas réellement un échec. Patrick Buisson l’a d’ailleurs beaucoup répété juste après : ‘On a perdu de très peu, ça s’est joué à un cheveu’. Et même si ce n’est pas forcément vrai, Nicolas Sarkozy se plaît lui aussi à le dire, comme s’il amorçait un discours de retour. L’ancien président a envie de marquer l’histoire. C’est une volonté très forte chez lui. Avoir été chef de l’Etat ne lui suffit pas. On pourrait même dire qu’il est fasciné par ce retour qu’aucun président n’a jusqu’à présent réussi. Il a également cette volonté de revanche et cette envie de mieux faire. Pour lui, ce retour serait un véritable challenge. Et il s’y prépare !

Planet : Comment fait-il ?Christelle Bertrand : Cela fait un petit moment qu’il y travaille et ses ennuis judiciaires n’ont fait qu’accroitre son envie de revenir. Nicolas Sarkozy nourrit une revanche permanente à l’égard de son milieu social, de la presse, des intellectuels, etc. C’est son moteur, ce qui le fait avancer. Depuis six mois, il travaille d’ailleurs sur son programme de 2017 avec une ancienne collaboratrice de l’Elysée, Emmanuelle Mignon. Ils se retrouvent assez régulièrement rue de Miromesnil pour l’élaborer. Le processus est bien enclenché. Nicolas Sarkozy a également gardé contact avec des membres de différents ministères, ce qui lui permet de rester informé de ce qui se passe actuellement au sein du gouvernement et même parfois d’avoir une longueur d’avance. Je pense notamment au pacte de compétitivité dont il était au courant bien avant que la loi ne passe au Parlement. Toute une équipe de jeune entrepreneurs, artistes et anciens membres du cabinet de l’Elysée est aussi en lien avec l’ancien président. Ils ne se voient pas souvent, peut-être deux ou trois fois par mois, mais ils lui envoient de notes. Ils travaillent un peu virtuellement, comme une start-up, d’où leur surnom de ‘firme 2.0’.

Planet : Le bruit court que Nicolas Sarkozy annoncera son retour d’ici quelques semaines. Selon vous, avait-il prévu de le faire cette année ?Christelle Bertrand : Idéalement, il aurait préféré l’annoncer en 2015 mais les évènements ont fait qu’il a dû accélérer son programme. Nicolas Sarkozy voulait revenir en sauveur, il a d’ailleurs répété plusieurs fois ‘je n’aurai pas le choix’, ‘je ne peux pas ne pas revenir’. Il voulait pour cela que le climat lui soit favorable et que les sondages le concernant affichent une cote de popularité en hausse. Mais ces derniers ne se redressent pas, aucune voie ne semble s’ouvrir à lui, les affaires commencent à le cerner de toute part et les barons du parti s’organisent sans lui. Bref, il est temps pour lui de revenir. Et il a choisi de le faire par l’UMP car il sait que seuls les militants peuvent l’y aider par leur vote.

Publicité
Planet : Les affaires qui visent actuellement Nicolas Sarkozy pourraient-elles l’empêcher de revenir ?Christelle Bertrand : Son entourage s’en inquiète mais Nicolas Sarkozy joue la montre. Tant qu’il ne sera pas touché, il continuera d’avancer. Sa mise en examen ne l’arrêtera pas, c’est évident. Seule une condamnation judiciaire pourrait l’arrêter mais comme les procédures sont longues, pour le moment il ne s’en soucie pas trop. Il espère être réélu avant que la moindre affaire aboutisse".

*"Chronique d’une revanche annoncée", de Christelle Bertrand (éd. Du Moment)

 

En vidéo sur le même thème - Le petit tacle de Sarkozy à Hollande