Que peut-on bien faire une fois qu’on a accédé à la magistrature suprême ? Conseil Constitutionnel, livre ou fondation, des reconversions sont possibles.

Se trouver un nouvel objectif professionnel lorsqu’on a été président de la République n’est pas une mince affaire. D’autant plus que dans le droit, le statut d’ancien chef d’Etat ne donne accès à pas grand-chose, hormis une nomination automatique au Conseil Constitutionnel à vie. Toutefois, il est devenu de plus en plus rare pour un ex-président de siéger effectivement au sein de cette institution et de toucher les 14 000 euros mensuels de revenus auquel cela donne droit. Le seul à occuper réellement son siège à ce jour est Valéry Giscard d’Estaing.

Il est impossible, une fois nommé au Conseil Constitutionnel, d’en démissionner, ce qui complique très fortement toutes velléités de retour en politique, comme l’explique Bertrand Mathieu, professeur de droit constitutionnel à l’école de droit de la Sorbonne et membre du think tank Le Club des juristes.. "Quand Valéry Giscard d’Estaing a voulu reprendre une carrière politique, il n’a pas pu démissionner, il s’est donc mis en congé du Conseil. Il a repris sa place après avoir vraiment mis un terme à sa carrière", précise le spécialiste.

Dans le cas de Jacques Chirac, le souci, "c’était ses démêlés avec la justice et notamment ses affaires au pénal", l'ancien président a été condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds et abus de confiance dans l'affaire des emplois fictifs du RPR. Pour Nicolas Sarkozy, "il n’a pas voulu siéger parce que le Conseil Constitutionnel n’a pas voulu valider ses comptes de campagne", ajoute Bertrand Mathieu.

L’âge, de plus en plus jeune des anciens présidents, est aussi un élément à prendre en compte : "le risque c’est qu’il y ait plus d’anciens présidents que de membres au Conseil Constitutionnel", alors qu’au début cette nomination à vie des anciens présidents avait été pensée comme "une sorte de maison de retraite dorée". Une question d’âge que souligne également la spin doctor Ghyslaine Pierrat : "Aujourd’hui, il y a une vie après la présidence, contrairement à avant. L’espérance de vie n’est plus la même et il faut continuer à trouver du sens à sa vie, même après avoir occupé la magistrature suprême".

 

La question des conférences et des fondations

François Hollande a lui aussi fait le choix de ne pas siéger au Conseil Constitutionnel. En revanche, à l’instar de son prédécesseur, il ne se prive pas de faire des conférences. C’est désormais une suite de parcours classique d’un ancien président, ajoute Olivier Rouquan, politologue. "Ces activités, tout comme le fait d’intégrer des réseaux financiers, leur permettent de continuer à être bien informés et à influencer. Ils entretiennent aussi des réseaux internationaux", précise-t-il. A ce titre, François Hollande a parfaitement réussi son exercice récemment à Séoul, où il était invité dans le cadre d’un forum. L’ancien chef d’Etat en a profité pour glisser dans son intervention quelques tacles à l’attention d’Emmanuel Macron.

Comme le souligne Ghyslaine Pierrat, les conférences sont aussi tout simplement un moyen de gagner de l’argent, une question moins négligeable qu’il n’y paraît. "Quand vous avez été président de la République, et que vous allez frapper à la porte de grands groupes, généralement ils ne sont pas très partants. Alors que pourtant, c’est un moment où la personnalité politique cherche à donner du sens à son expérience", explique-t-elle.

Dans le même ordre d'idée qu'une conférence, le lancement d’une fondation permet à un ancien président de continuer à compter dans l’espace public, tout en faisant fructifier son carnet d’adresse et ses contacts. Jacques Chirac a la sienne, François Hollande préside La France s'engage. "Ce sont souvent des instituions à visée humanitaire ou caritatives qui permettent de déployer une parole publique et de continuer à être un influenceur. C’est d’ailleurs une démarche qu’ont aussi certains grands patrons, à l’instar de Bill Gates par exemple", détaille Olivier Rouquan.

 

Un livre pour mieux revenir ?

En tant que spécialiste de la communication politique, Ghyslaine Pierrat estime que c’est également très important pour un ancien président d’écrire un livre. Jacques Chirac a publié ses Mémoires en deux tomes, Nicolas Sarkozy La France pour la Vie, et François Hollande prépare actuellement un ouvrage. "On conseille toujours à un ancien président de mettre noir sur blanc son expérience et de porter un regard sur son mandat. Ça lui permet de faire le point sur son bilan", détaille-t-elle.

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Il faut croire qu’écrire un ouvrage-bilan ne suffit pas forcément au regard de l’expérience de Nicolas Sarkozy, qui a échoué à se qualifier aux primaires de la droite avant la dernière élection présidentielle. Pour Olivier Rouquan ce n’est pas une surprise : il est très difficile pour un ancien président de revenir dans le jeu politique. "Cela suppose d’avoir laissé une marque indispensable. Sur ce plan, outre le Général de Gaulle et François Mitterrand, les derniers présidents n’ont pas eu autant de charisme. Il faut aussi penser aux acteurs qui sont toujours dans le jeu politique et qui n’ont aucun intérêt à les laisser y revenir. A moins d’une crise majeure, qui nécessiterait de faire appel à quelqu’un, c’est très difficile", estime-t-il.Ghyslaine Pierrat est moins catégorique : "On n’est jamais mort en politique". Avis aux amateurs…

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