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Les autorités arméniennes ont reconnu une dérive violente de la police lors des grandes manifestations de la semaine dernière contre la hausse des prix de l'électricité. Une enquête criminelle a été ouverte. Des milliers d'Arméniens manifestent tous les jours depuis le 19 juin au centre d'Erevan, bloquant l'avenue centrale de la capitale, pour protester contre la hausse de 16% du prix de l'électricité annoncée par le gouvernement. La dispersion des manifestants a été violente à plusieurs reprises et plus de 200 manifestants ont été arrêtés le 23 juin. Jeudi soir une altercation a eu lieu au coeur du rassemblement, certains manifestants ne supportant pas de voir des drapeaux européens flotter au milieu de la foule.
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Hier plus de 9 000 personnes ont déferlé dans les rues de la capitale arménienne pour protester contre la hausse annoncée des prix de l'électricité de près de 20 % à compter du 1er août, pour la sixième journée consécutive. 'Cette augmentation affectera tout le reste, les prix du pain, du sucre... Tout'. Plusieurs centaines de personnes passent la nuit dans la rue au risque d'être délogé manu militari par la police 'Les événements des dernières, 24 heures prouvent que la police n'a besoin que d'un prétexte pour faire usage de la force. Et en ce qui concerne ce mouvement social, c'est tout simplement inacceptable.' Mardi, les forces de l'ordre ont violemment délogé les manifestants restés sur place. 25 personnes, dont 11 policiers, ont été blessées selon le ministère de la Santé. Avec AFP
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Euronews a rencontré Volkan Bozkir, le ministre turc des affaires européennes. Au centre des discussions, un seul mot : 'génocide'. Ankara refuse de l'utiliser pour parler des 'événements' de 1915. La Turquie campe sur ses positions : elle demande la mise un comité international d'historiens pour trancher le débat et regrette que la question ne serve de moyen de pression pour l'Arménie. - 'Il existe une controverse qui oppose la Turquie et l'Arménie au sujet de 1915', rappelle Bora Bayraktar, journaliste d'Euronews. 'La Turquie accepte ce qui s'est passé et évoque une peine partagée. Mais Ankara refuse de définir les faits en utilisant le terme 'génocide'. Pourquoi ?' - 'Vraiment, se focaliser sur une année, 1915, ce n'est pas bien', répond Volkan Bozkir, 'au vu des 1 000 années de relations anciennes et de bonne entente historique entre la Turquie, les Turcs et les Arméniens. Placer le mot 'génocide' au centre de tout, ce n'est pas bien.' 'Notre mémoire est commune. Mais cette mémoire commune doit être juste. Pendant la Première guerre mondiale, des millions de personnes sont mortes. On devrait peut-être analyser cela avec une autre perspective, celles des années 1870 jusqu'aux années 1920. Il y a eu beaucoup de souffrances. Pas uniquement pour nos frères arméniens. A cette époque, les Turcs ont souffert et les Kurdes également. Tant de gens ont souffert dans cette région.' 'Les archives de l'empire ottoman sont ouvertes. Et cela ne date pas d'hier. C'est un processus qui a été engagé du temps du président Özal. Toutes les archives sont accessibles depuis 20 ans. J'ai travaillé 38 ans et demi au ministère des affaires étrangères. Les archives ottomanes, nos archives à Paris, Londres, Berlin, les archives du ministère, tout est accessible. Et je sais particulièrement à quel point ces documents ont été analysés et à quelles conclusions ils mènent.' 'Nulle part nous n'avons vu un ordre ou une intention de commettre un génocide. Voilà pourquoi nous sommes contre cette terminologie. La nation turque peut être sûre d'elle-même car il n'y a rien dans l'histoire turque ni dans l'histoire ottomane qui puisse nous embarrasser.' 'Nous disons que les incidents historiques ne devraient pas être utilisés comme des outils politiques. Les politiciens ne peuvent pas rendre des décisions au sujet d'événements historiques.' - 'J'imagine que vous faites référence aux décisions du parlement européen et à celles d'autres parlements, comme le parlement autrichien par exemple ?', demande Bora Bayraktar. - 'Le parlement européen a pris une position en faveur de l'utilisation du mot 'génocide', note Volkan Bozkir. 'En 1987, les groupes qui soutenaient cette position ont saisi la Cour européenne de justice pour y ajouter une dimension légale. Mais la Cour a rendu une décision à ce sujet en 2003. Elle a dit : 'les décisions politiques ne font pas loi'. C'est une décision très claire.' - 'Un des points-clés de la position turque est : laissons faire les historiens', rappelle Bora Bayraktar. 'Mais les Arméniens disent que si on laisse le sujet aux seuls historiens, ils n'agiront pas en toute liberté. Les historiens arméniens et turcs seraient sous le contrôle de leurs propres pays et aucune conclusion objective ne serait possible. Êtes-vous d'accord avec cela ?' - 'Cela montre bien comment l'Arménie aborde le sujet', note le ministre. 'Nous ne sommes pas un pays qui met la pression sur ses historiens. Nous avons ouvert nos archives. On ne force personne à venir les consulter et à nous donner une opinion. Nous disons autre chose. 'Nous disons que les archives ottomanes sont ouvertes. N'importe quel chercheur de n'importe quelle partie du monde, Canadien, Suédois, Allemand, Arménien, Américain, peut venir et faire des recherches dans nos archives.' 'Les Arméniens disent qu'ils ont des archives importantes à Boston. Mais elles ne sont pas ouvertes. L'Arménie n'a pas ouvert ses archives. Les chercheurs turcs ne peuvent pas y aller et étudier les archives arméniennes. Le président arménien ne permet pas aux historiens arméniens de consulter les archives ottomanes. Voilà la situation.' 'Nous disons que tout chercheur devrait avoir accès à toutes les archives. Créons une commission d'historiens. Laissons les historiens prendre cette décision. La république turque, à travers son président, son premier ministre et ses représentants, a dit qu'elle accepterait la décision des historiens.' 'Établir une commission d'historiens, c'est ainsi un des piliers de notre position face à l'Arménie. Mais la diaspora arménienne et l'Arménie savent bien à quelle conclusion aboutirait une telle commission. Voilà pourquoi ils n'en veulent pas.' - 'En 2009, des protocoles ont été approuvés et un processus de normalisation s'est enclenché', rappelle Bora Bayraktar. 'Mais la situation du Haut-Karabagh a changé la donne. Qu'est-ce qu'il faudrait pour arriver à une normalisation ?' - 'D'abord l'Arménie doit abandonner toutes ses revendications de territoire auprès de la Turquie', répond le ministre. Ses revendications ne reposent sur aucune base si ce n'est des rêves. 'Ensuite, l'Arménie doit accepter la mise en place d'une commission d'historiens plutôt que d'utiliser le terme 'génocide' pour parler des événements de 1915, comme elle s'y est engagée dans nos protocoles d'accord.' 'C'est la seule façon d'avancer vers une normalisation. Mais nous avons raté cette chance. Le protocole est encore sur la table aujourd'hui mais pour le ranimer, de nouveaux engagements devront naturellement être inscrits à l'ordre du jour, comme souvent en politique. Le retrait arménien des territoires azéris qu'elle occupe pourrait apparaître comme une nouvelle condition.'
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A l'occasion du centenaire du génocide arménien, le 24 avril 1915, Euronews a rencontré le président arménien Serge Sarkissian, pour parler des relations entre les 2 pays, du message de l'Arménie au monde, et de la position de la Turquie sur ces évènements, toujours décrits par Ankara comme un massacre et non un génocide. Olaf Bruns, euronews : Président, votre pays commémore un épisode atroce, une indicible souffrance vécue par votre peuple. 100 ans plus tard , les plaies sont toujours profondes. Aujourd'hui, quel est votre message au monde? Serzh Sargsyan, Président Arménien : Les événements qui vont commémorer les victimes du génocide contiennent en eux-mêmes quelques messages. Le premier est le message du souvenir. Nous pensons que les crimes contre l'humanité n'ont aucune prescription. Et ils ne peuvent être oubliés avec le temps qui passe. Le deuxième message, c'est le message de gratitude, qui est directement liée au souvenir. La gratitude aux individus, organisations et nations qui, au moment le plus difficile pour nous, ont su parler et ont tendu une main, pour aider notre peuple à survivre. Le troisième message est un mélange des deux : il faut pévenir et empêcher la répétition de tels crimes. Il est de notre devoir d'identifier et de dénoncer les tendances qui peuvent demain provoquer ce type de crime. Il est nécessaire de lutter contre ces phénomènes, pour empêcher à l'avenir d'autres génocides, pour que d'autres crimes contre l'humanité ne se reproduisent. Enfin un message général : c'est le message de la renaissance de notre nation. Nous disons que, cette fois encore, ceux qui nous voulaient du mal n'ont pas réussi à nous effacer de la terre. Olaf Bruns, euronews : Tout le monde est d'accord , bien sûr, pour que les leçons du passé soient tirées. Mais même 100 ans plus tard, vos deux pays, la Turquie et l'Arménie, semblent encore retranchés, chacun dans sa logique. Y a t-il un moyen pour que vos pays travaillent ensemble sur d'autres sujets, ou est-ce que ce sera une pierre d'achoppement qui les sépare? Serzh Sargsyan, Président Arménien : En tant que président de la République d'Arménie, j'ai essayé deux fois d'engager cette voie. Et avant moi, les deux présidents qui m'ont précédé ont essayé eux aussi. Au début, nous avons déclaré notre volonté d'établir des relations diplomatiques avec la Turquie, sans conditions préalables. Après, les deux parties auraient pu discuter et traiter toutes les questions. La deuxième tentative a été faite à la veille du centenaire du génocide arménien. Il y a plusieurs mois, j'ai envoyé une lettre au président de la Turquie. Cette lettre a été livrée en personne par notre ministre des Affaires étrangères, ce n'était pas seulement une action médiatisée. Et par cette lettre, je l'ai invité à participer aux événements du 24 avril, et d'exprimer conjointement des condoléances pour commémorer toutes les victimes. Mais les autorités turques ont décidé, pour le 24 avril, le jour même de notre souvenir du génocide, ils ont décidé de commémorer la bataille des Dardanelles. Olaf Bruns, euronews : Ces derniers jours, les autorités turques ont exprimé leur colère, avec des déclarations virulentes et très rudes, après la déclaration du pape , et la résolution votée par le Parlement européen . Quel est votre sentiment devant une telle colère ? Serzh Sargsyan, Président Arménien : Pour nous, ces déclarations, et ces réactions de la partie turque, étaient de toute façon attendues. Nous avons toujours vu et entendu leur posture négationniste. A chaque fois, ils ont renouvelé leur boîte à outils de déni. En ce qui concerne la déclaration du pape, je crois qu'elle était appropriée. Vous savez, je crois qu'un monde sans aucun crimes contre l'humanité peut être atteint, grâce à l'action de quelques personnes fortes. Le Pape est un grand leader, juste et qui dit la vérité. Olaf Bruns, euronews : Qu'est-ce que la Turquie pourrait déclarer selon vous ? En d'autres termes : s'ils reconnaissaient le génocide, est-ce que les relations entre vos 2 pays seraient rétablies? Serzh Sargsyan, Président Arménien : Sans aucun doute, la reconnaissance du génocide par les Turcs est le chemin le plus court vers la réconciliation de nos nations. C'est ma conviction profonde : s'ils le font, et s'ils le font sincèrement, dans une courte période de temps, nos relations, je veux dire les relations entre les nations arménienne et turque, seraient rétablies à un niveau très élevé. Olaf Bruns, euronews : La Turquie a proposé la formation d'un comité international d'historiens qui permettrait de régler la question une fois pour toutes, et qu'elle accepterait le résultat de ce comité. À votre avis, quel est le problème avec cette proposition ? Serzh Sargsyan, Président Arménien : Tout d'abord, cela ne s'est jamais vu. Il est inexact de penser que des historiens puissent s'asseoir autour d'une table pour prendre une décision commune, et régler un différend une fois pour toute. C'est le premier point. Deuxièmement, je ne peux pas imaginer comment une telle commission fonctionnerait, puisque les historiens turcs seraient sous la pression de la société et des autorités turques, et les historiens arméniens seraient sous la pression de la société et des autorités arméniennes. Mais même cela, ce n'est pas l'argument le plus important. L'essentiel, c'est que les structures spécialisées, les pays qui possèdent les plus grandes archives sur cette question, n'ont aucun doute. Je reviens à nouveau sur le Vatican: n'est-ce pas le Vatican l'un des pays les mieux informés sur les événements de la Première Guerre mondiale? Le Vatican subit-il une pénurie d'historiens bien formés ? Pour nous, une telle proposition est en elle-même une insulte, car elle remet en question le fait même et la véracité du génocide arménien. À la fin d'une seule journée, ce que les historiens savent très bien, combien de personnes sont mortes ? Y a t-il une différence si importante entre 1 million et demi, et 1 million 449 000 tués ?
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