À propos de la tragédie des réfugiés

Tout est triste. Dans cette crise des migrants et réfugiés d’août-septembre 2015, tout est triste. Absolument tout.

Cette image d’un enfant rejeté par la mer sur le rivage comme un vulgaire détritus. Terrible. Tout le monde l’a dit et c’est vrai. Dramatiquement vrai.

Triste aussi parce qu’il faut une image pour émouvoir. Mais enfin, ces tragédies durent depuis des mois, et dans la plus grande indifférence ou presque. D’autres enfants sont morts. Dans l’indifférence au pire, dans une sorte de compassion résignée au mieux. Non pas parce que l’on ne savait pas ou peu mais juste parce qu’il n’y avait pas d’image. Sinistre.

Mesdames et messieurs les artistes qui venez de publier ce dimanche 6 septembre une lettre ouverte sur ce drame, vous pensez bien faire, cela va de soi. Vous vous voulez conscience d’une humanité défaillante, rempart contre les égoïsmes, appel à la solidarité. Très bien. Je crains pourtant l’effet inverse. En confortant, bien malgré vous, cette idée perverse que la tragédie n’a pas la même valeur selon qu’elle est médiatique ou non, photographiée ou non, vous ne vous faites que l’insidieux baromètre d’une société errante qui n’a plus pour boussole que l’indignation sélective et comme référence de temps que l’éphémère de l’instant. Plus, vous incitez le politique qui lui aussi tend à ne plus être que dans le registre du médiatico-émotionnel, à s’y complaire, l’affranchissant de sa vocation première qui est de conduire des politiques, des vraies, dans la durée. Et cela bien sûr peut prêter à toutes les manipulations. Dangereux.

Triste enfin par l’implacable constat de l’impuissance politique justement. Impuissance des Etats à décider quoi que ce soit. Impuissance des grandes nations militaires à réduire ceux qui n’étaient qu’une bande de dangereux cinglés au départ. Impuissance de la communauté internationale à concevoir et converger sur une réelle politique moyen-orientale. Impuissance de l’Europe, dépassée par l’arrivée de ces milliers de migrants. Panique à bord. Degré zéro de la politique. Consternant.

Impuissance de la France. Comme tout le monde. Juste dans la réaction à l’événement. Aucune initiative. Si pardon ! Demander à chaque maire d’accueillir un contingent de réfugiés. Dérisoire.

Si cette crise avait un mérite –mais peut-elle en avoir un ?– Ce devrait être de nous contraindre :

1 - A concevoir enfin une vraie politique en matière d’immigration, prenant en compte la réalité des évolutions démographiques de moyen terme, loin des anathèmes et des condamnations faciles. Il faut en débattre. C’est un sujet fondamental de société. Les Français en ont conscience. Le refuser, ce que l’on fait depuis longtemps, serait la pire des choses. Cela suppose la sérénité et le respect de toutes les convictions ce qui, à l’évidence, n’est pas acquis.

2 - A rechercher les conditions d’une convergence des Etats européens car aucune politique efficace n’est possible –on le voit en ce moment- sans cette dimension européenne. Ce pourrait être, ce devrait être, une initiative de la France.

3 - A la mettre en œuvre dans la durée et avec les moyens et la stabilité nécessaires à la réussite de toute politique.

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