Ismaël Boudjekada, un jeune Franc-Comtois entend se présenter aux élections présidentielles de 2017. Programme, ligne politique, vie privée… il nous dit tout.

Vous ne le connaissez sans doute pas encore, mais Ismaël Boudjekada n’est pas un novice en politique. Du moins pas dans le département du Doubs (Franche-Comté), où il s’est déjà frotté à plusieurs élections sans pour autant réussir à décrocher de mandats électoraux.

Qu’à cela ne tienne, le jeune homme, aujourd'hui âgé de 21 ans, n’a pas renoncé à faire carrière dans la politique et entend désormais se présenter aux prochaines élections présidentielles*. Entouré de "plus de 120 personnes", le jeune homme et son équipe sont actuellement en train de sillonner les routes de France à la recherche des 500 signatures d’élus, indispensables pour se porter candidat. Contacté mardi par Yahoo!, le jeune homme indique avoir désormais dépassé les "250 parrainages il y a trois mois". En plus de son équipe, un comité de soutien verra bientôt le jour, réunissant artistes, intellectuels, ou encore chefs d’entreprise.

Surtout, ne lui dites pas qu’il est trop jeune pour avoir des rêves de présidence, le jeune homme en a fait un argument de campagne auprès des maires : "Il n’y a aucun candidat représentatif de la jeunesse", clame celui qui se verrait bien la représenter pour 2017.

"Les élections présidentielles permettent d’être traité de manière égale"

Une ambition présidentielle née lors de sa récente campagne électorale pour les municipales où, petit parmi les grands, il s’est plaint du peu de temps que les médias lui accordaient et, surtout, de ne pas pouvoir lutter à armes égales avec ses concurrents. "Ça m’a servi de leçon, confie-t-il. Les élections présidentielles permettent d’être traité de manière égale, c’est pour ça, entre autres, que je me présente."

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Les présidentielles, une manière de se mettre en avant ? Que nenni répond Ismaël Boudjekada, certes habitué des plateaux télévisuels et des coups d’éclats médiatiques, comme lorsqu’il interpelle Marine Le Pen devant l’usine PSA de Sochaux ou s’invite dans le meeting de Manuel Valls, venu pendant la législative partielle dans le Doubs. "S’il on ne fait pas un peu de bruit, les médias ne s’intéressent pas à nous", confie-t-il tout en rappelant qu’il ne se présente pas à la présidence les mains vides, mais muni d’un programme mûrement réfléchi.

Un candidat indépendant et "trans-courant idéologique"

Parmi ses propositions, l’une d’entre elles lui tient plus particulièrement à cœur : créer un revenu de base de 350 euros, de 16 ans à 18 ans, et d’environ 1000 euros pour chaque personne majeure ; un revenu modulable par la suite. Une entreprise à portée de main selon le jeune homme qui entend "refonder notre modèle social".

Plus de dépenses publiques en temps de crise, une hérésie ? Pas pour ce fervent keynésien qui pourfend l’ultra-libéralisme, l’austérité et manie les métaphores pour expliquer la nécessité de dépenser plus dans les temps de récession économique.

Même s’il dit se sentir "de gauche", l’étudiant en Droit veut se présenter sans étiquette partisane avec son mouvement "trans-courant idéologique". "Dans mon équipe, il y a de tout", confesse-t-il. D’ailleurs, le jeune homme n’hésite pas à éreinter les principaux représentants politiques nationaux : Mélenchon ? "Ça ne colle pas, il est trop agressif, trop dans le symbole." ; Nicolas Dupont-Aignan ? "Pas possible de travailler avec quelqu’un qui veut nommer Marine le Pen à Matignon." Quant aux autres : "Regardez ce qu’ils ont fait (de l’état de la France)!", s’offusque-t-il en lâchant : "Ils ont un tel égo surdimensionné…"

Son modèle en politique ? Le général de Gaulle. "Voyez, tout le monde s’en réclame maintenant mais tout le monde le trahit !", explique Ismaël Boudjekada qui regarde d’un œil torve un certain Nicolas Sarkozy. Toutefois, le jeune homme à la faconde développée quand il s’agit de parler politique, prend ses distances avec le grand homme, moins "libéral" que lui, mais le rejoint pour critiquer l’action de l’Europe.

"Je pense que les Français sont prêts à élire un musulman à l’Élysée"

Entre son engagement politique, sa vie étudiante, et ses velléités d’entrepreneuriat, le jeune homme peut compter sur le soutien de ses camarades et de sa famille. Si les premiers l’interrogent, perplexes, sur ses propositions et son jeune âge, la seconde est vent debout derrière lui. Issu d’une famille franco-algérienne de dix enfants, Ismaël est le sixième de la fratrie. "Je sais que je peux compter sur eux", déclare-t-il tout en indiquant que sa famille n’est pas du tout politisée, mis à part le père, qui travailla un temps auprès de Pierre Moscovici mais qui arrêta, écœuré par les magouilles politiciennes.

Même si le jeune homme est de confession musulmane, il fait de la laïcité un principe. "L’Etat doit respecter le principe de neutralité", résume-t-il avant de préciser le caractère œcuménique de sa candidature. Une manière de se défendre face à ceux qui l’accusent de vouloir créer un mouvement communautaire.

"Je pense que les Français sont prêts à élire un musulman et un indépendant à l’Élysée", rassure Ismaël Boudjekada qui veut montrer que "les musulmans ne sont pas des sous-citoyens mais de parfaits démocrates." "L’idée, c’est de faire confiance à un jeune et c’est la seule question qui vaille.", balaie-t-il d’un revers de la main.

A 16 ans, il crée son parti politique

Même si le jeune homme n’est pas encore président, il a déjà un agenda de Premier ministre. Il est régulièrement sollicité çà et là, notamment pour des déplacements à l’étranger, comme avec ces jeunes congolais qui souhaiteraient parler avec lui de son engagement politique. Mais Ismaël Boudjekada est aussi la proie de nombreuses formations politiques qui souhaiteraient prendre le jeune homme dans leur escarcelle, ainsi de DLF, l’UMP, le PS ou encore l’UDI. Des propositions qu’il a refusées pour ne "pas passer pour un traître", sous-entendu, aux yeux de sa formation indépendante.

Dans le monde politique, il faut dire que le jeune homme fait figure de petit prodige, capable d’argumenter longuement sur tout. Il est vrai qu’en tant qu’étudiant en Droit, ce dernier est allé à bonne école. Mais surtout, Ismaël Boudjekada a déjà eu le temps d’écrire trois ouvrages à caractère politique, le quatrième sortira bientôt, et de créer à 16 ans son parti politique : "Mouvement pour l’Éveil national".

Parmi toutes ces activités, le prétendant à la magistrature suprême trouve le temps d’exercer sa passion : la cuisine. Mais que ses futurs électeurs se rassurent, en politique, Ismaël Boudjekada n’est pas celui qui trahira ses idéaux pour "aller à la gamelle".

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*Sept mois après la parution de cet article, en mai 2015, Ismaël Boudjekada a été sanctionné de trois ans d'inéligibilité par le Conseil constitutionnel pour ne pas avoir transmis ses comptes de campagne lors de l'élection législative partielle du Doubs. Sa requête a été rejetée. Mais à Yahoo!, il explique que la commission a reconnu son erreur et lui aurait fourni les éléments permettant de se défendre. Il a contacté Laurent Fabius (président du Conseil constitutionnel) qui aurait accepté de réétudier son dossier. 

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