50 nuances d'oppressions

Il est un domaine où l'imagerie populaire fut luxuriante : la domination exacerbée des petits chefs caricaturés sous forme de bourreaux cyniques. En 2017, on peut espérer un nouveau déchaînement de cet art primitif : le climat devrait être favorable.

Les instruments s'affichent déjà sur toutes les devantures des partis politiques. Suppression des 35 heures : on envisage même les 41 heures. Age de la retraite porté à 65 ans. Suppression de l'ISF, sans rien mettre à la place. Pouvoirs accentués accordés aux régions, notamment en matière d'apprentissage : du blé à moudre pour les apparatchiks. Certains vont jusqu'à saliver en espérant la fin du statut de fonctionnaire "à vie". Etc.

Dans son livre Faire, François Fillon avait ouvert la boite de Pandore. A l'époque, j'avais cru que c'était un simple dérapage réparable. J'avais tort. A gauche comme à droite, la ruée vers l'oppression des classes moyennes est en plein essor.

Jeudi soir, 4 février 2016, Nicolas Sarkozy, sur France 2, s'est montré relativement nuancé. Il est vrai qu'il n'a pas besoin d'en rajouter, son passé parle de lui-même : création d'une dette vertigineuse, explosion du nombre d'apparatchiks dans les collectivités territoriales, absence totale de simplifications administratives et/ou fiscales, augmentation des impôts. François Hollande n'a pas réussi à faire beaucoup mieux : tout au plus a-t-il introduit quelques gadgets comme la diminution des allocations familiales pour les "riches bourgeois" ou la taxation indirecte des salaires versés aux femmes de ménage et autres "nounous".

Enfin, sinon surtout, au prétexte d'augmenter d'un demi-point la croissance, en 2030, on s'oriente vers une économie de marché cyniquement libérale à l'échelle du monde : le TPP (traité transpacifique) a été signé le jeudi 4 février 2016, à Auckland, par une douzaine de pays, dont les Etats-Unis. La France, comme la Grèce, va être vendue aux milliardaires, qu'ils soient chinois ou américains. Dans ce domaine, le Qatar n'est pas le plus inquiétant : tant mieux s'il soutient quelques hôtels ou clubs de football prestigieux. Notre savoir-faire en construction automobile, en aéronautique, en énergie nucléaire et, bientôt, dans le domaine des services, part à l'étranger. Et, en dépit de cette perte de vitalité, la dette se creuse.

Les remèdes sont soigneusement camouflés dans les placards. Rappelons-en quelques-uns. Imposer les bénéfices des multinationales. Diminuer le nombre, les privilèges et les pouvoirs des apparatchiks. Introduire des taxes pour amortir les secousses des échanges internationaux. Créer un impôt sur les très grosses fortunes, par exemple au-dessus de dix millions d'euros. Augmenter la TVA avec une compensation en faveur des revenus modestes. Alléger les charges pour les bas salaires. Réorganiser les aides multiples, aussi injustes que coûteuses et démobilisatrices. Supprimer les contraintes artificielles créées pour la seule glorification de responsables syndicaux narcissiques. Or, à ce jour, pas un seul parti politique n'ose proposer une démarche médicale précise et crédible. Tout au plus, quelques placebos scintillants essaient de faire illusion. Alain Juppé sera-t-il plus raisonnable ? Je crains fort que non.

Et le Front national ? Il s'est réuni ce week-end à huis-clos. L'économie était certainement au menu de la soixantaine de convives. On attend la potion magique.

En vidéo sur le même thème : Nicolas Sarkozy dans DPDA : "On en reparlera en 2017, et je vous convaincrai"

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