Alors que la vie privée des hommes politiques a occupé une place croissante dans les débats depuis le début des années 2000, les compagnes et compagnons des candidat(e)s devraient être plus en retrait lors de la prochaine élection.

Manches relevées, grands gestes vers la foule et large sourire : Barack Obama vient de terminer son discours. À ses côtés, sa femme, Michelle, et ses deux filles Malia Ann et Natasha, plus connue sous son surnom, Sasha. On s'enlace, on s'embrasse, et peut-être même que l'une de trois femmes prendra la parole. Ces images ont été vues des centaines de fois pendant les deux campagnes du président américain. Aux États-Unis, la politique est une affaire de famille, et l'élection n'est pas envisageable si l'on refuse de jouer le jeu. Michelle Obama, avocate renommée et figure influente du parti démocrate, a d'ailleurs grandement contribué à propulser la carrière politique de son mari dans d'autres sphères. De nôtre côté de l'Atlantique, en France, difficile d'imaginer une telle généralisation de la mise en scène familiale, même si, lors des trois dernières élections présidentielles, les compagnes des candidats ont joué un rôle croissant.

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"De fait, les années 2001-2002 semblent décisives dans le déclenchement du processus car, à l’approche de l’élection présidentielle, deux phénomènes retiennent l’attention : d’une part, l’implication des épouses des candidats dans la campagne ; d’autre part, la volonté de plusieurs personnages politiques d’apparaître dans une presse people en plein essor", écrit le sociologue Jamil Dakhlia, qui a étudié l'influence de la vie privée des hommes politiques sur les élections. À cet égard, la présidentielle de 2002 marque en effet un tournant : si le soutien public apporté par les femmes de candidats à leurs conjoints n’a en soi rien d’original, c'est en revanche la première fois que celles-ci se montrent si présentes dans les médias. En effet, Bernadette Chirac et Sylviane Agacinski, multiplient les interviews et publient même des livres. La responsable du service informations de Gala de l'époque, Valérie Domain témoignait d'ailleurs : "Nous avons été débordés de demandes d’hommes politiques, même d’hommes qui ne se présentaient pas, simplement d’hommes politiques qui avaient envie de se faire connaître à travers un reportage un petit peu plus privé (sur) leurs passions, la façon dont ils vivent, qui ils sont...".

Marche arrière enclenchée en 2012Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy, amoureux du modèle Kennedy et influencé par la méthode Tony Blair, porte la peopolisation de la vie politique à son paroxysme. Ce qui apparaît comme une approche moderne aux classes politique finit cependant par se retourner contre elles, lorsque le tout juste élu président Sarkozy chute vertigineusement dans les sondages au moment de son divorce puis de sa romance avec Carla Bruni. Ségolène Royal, qui présentait son couple avec François Hollande comme un ancrage solide, n'a quant à elle rien pu faire face aux flots médiatiques après leur rupture.

En 2012, le rétropédalage est donc très marqué. Certes, les compagnes sont au premier plan, mais les prétendants à l'Elysée modifient leurs stratégies et laissent de côté le spectacle people."Il est crucial de ne pas être soupçonné d'instrumentaliser sa vie privée, alors le sujet est abordé de manière indirecte, note Jamil Dakhlia. Carla Bruni-Sarkozy s'exprime officiellement au nom de sa fondation contre l'illettrisme ou dans le cadre de la journée de la femme. On invite Valérie Trierweiler sous prétexte de parler de son émission culturelle sur Direct 8... Mais en réalité, tout le monde les attend sur ce qu'elles diront de leurs compagnons. Il s'agit de 'communiquer sans communiquer'"

Quel rôle pour les compagnes en mai prochain ?En 2017, les compagnes (ou les compagnons) des candidats et candidates peuvent-ils faire basculer l'élection ? Certes, la politique a une part de séduction. "La peopolisation est une forme de communication politique et le public l'a intégré", souligne Jamil Dakhlia. Pour autant, une campagne électorale repose sur de très nombreux leviers, et la vie privée n'en est qu'un parmi de très nombreux autres.

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Les candidats les plus populaires du moment sont d'ailleurs probablement ceux qui jouent le moins cette carte. Et les plus ambitieux ont compris que le meilleur ami de l'homme politique en campagne n'est pas sa famille, mais les médias de masse.

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