Sorti en 2002 de prison après trente-deux ans d'incarcération, Pierrot se raconte tel qu'il est et tel que fut sa vie, dans son livre "La vie sur place". Voyou dans l'âme, l'homme ne se cherche pas d'excuses. Il se sait marginalisé mais une autre vie commence pour lui à soixante ans. Témoignage.

Pierrot : une vie en prison

Tout commence dans les années soixante. Quelques vols de voitures et quelques tiroirs de caisses fracturés. Du haut de ses dix-neuf ans, Pierrot était inconscient et ignorait tout de la réalité. Mais la sanction fut lourde : huit ans ferme. "Cet enfant sera aviateur", avait dit une voyante à la mère de Pierrot. Du présage à la réalité, il n'y a qu'un pas. Pierrot a volé, en effet.

Calibre au poing ou pas, les braquages se sont succédé, les cambriolages aussi. Les bijouteries, les supermarchés, les banques ou les casinos n'ont jamais eu de secrets pour lui. Néanmoins, cet amoureux du risque a payé le prix de l'argent vite gagné. Condamné à pas moins de quatre-vingt-dix ans de détention, il est resté au total trente-deux ans derrière les barreaux, par le jeu des confusions et remises de peine. Aujourd'hui, il n'a pas de regrets et voit la prison sous un autre angle. "Ma vie en prison a été plus enrichissante que si j'avais été à la mine ou dans une aciérie. En prison, je pense m'être sorti de ma condition initiale qui était d'être charcutier. Toute ma famille était dans la charcuterie, à commencer par mon père. Cette condition était aussi un enfermement. Je me suis sorti de ce monde-là !", concède-t-il.

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Pour autant, Pierrot n'essaye pas de légitimer ses erreurs. Loin de lui, l'apologie du banditisme. Il connaît trop la prison pour la considérer comme salvatrice. Les passages à tabac ou les isolements des mitards sont indélébiles. "Les gens faibles n'ont pas leur place en prison. C'est très dur pour quelqu'un qui ne sait pas se défendre. Soit tu suis le chemin des caïds, soit tu te fais casser. La prison, c'est l'école du crime en quelque sorte", ironise-t-il.