Candidate aux législatives dans la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis, Hanan Zahouani apparaît avec un voile sur son affiche électorale. Au moins trois autres candidates sont dans la même situation.

Elles ne sont que quelques-unes, mais leur candidature aux législatives fait des remous. En cause, le voile qu'elles arborent sur leur affiche électorale. En tout, elles sont au moins quatre à être dans cette situation : Hülya Sahin (Yvelines) et Nadia Omani (Bouches-du-Rhône) du Parti égalité justice, Sandra Fourastié (Hauts-de-Seine), une convertie qui se présente sous l'étiquette UDMF (Union des démocrates musulmans français), et Hanan Zahouani, du Parti français et musulmans, candidate dans la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis.

Contactée par Planet.fr, cette dernière explique sa démarche. "Porter le voile est pour moi un choix personnel et je ne le vois pas comme un signe religieux, tient à faire savoir cette Franco-Marocaine de 40 ans. Je le porte depuis environ deux ans à la suite d'un cheminement spirituel." Cette entrepreneuse et militante associative explique d'ailleurs avoir dû retirer son voile car elle n'arrivait pas à trouver du travail.

Sur son affiche électorale, son foulard ne passe en effet pas inaperçu. Mais Hanan Zahouani se défend de tout prosélytisme. "Je n'impose rien aux gens", affirme-t-elle, tout en avouant sa volonté "d'actualiser la loi de 1905 sur la laïcité" qui a été "détournée de son sens originel", selon elle. A ses détracteurs, la candidate leur dit qu'"il faut accepter la société française d'aujourd'hui."

Elle gardera son voile si elle devait siéger à l'Assemblée

Si elle est élue, Hanan Zahouani gardera-t-elle son foulard à l'Assemblée ? "Bien sûr", répond-elle. Et la loi est de son côté puisqu'aucun texte législatif n'impose une neutralité religieuse aux parlementaires, ni même aux candidats à des élections. Le Conseil d’Etat a rappelé en 2010 que "la circonstance qu’un candidat à une élection affiche son appartenance à une religion est sans incidence sur la liberté de choix des électeurs ; qu’aucune norme constitutionnelle, et notamment pas le principe de laïcité, n’impose que soit exclues du droit de se porter candidates à des élections des personnes qui entendraient, à l’occasion de cette candidature, faire état de leurs convictions religieuses."

Mais de nombreuses personnes restent choquées par la présence de signes religieux dans la sphère politique. A l'image de la médiatique Henda Ayari, qui a récemment publié un livre pour raconter sa délivrance à ne plus porter le voile, et qui a mis en ligne une pétition s'opposant à "la recrudescence de candidatures de femmes voilées aux prochaines élections législatives". S'estimant diffamée par la pétition, Hanan Zahouani vient d'ailleurs de faire un signalement au parquet de Paris pour "incitation à la discrimination". "Avec ses attaques, elle conforte ceux qui pensent qu'une femme voilée n'a pas sa place à l'Assemblée", estime cette militante contre "l'islamophobie".

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"Je veux être la voix des personnes discriminées"

Mais la candidate aux législatives entend ne pas se laisser déstabiliser par toutes ces critiques. Celle qui se dit "citoyenne du monde" a décidé de se lancer en politique parce qu'elle s'estimait pas ou mal représentée jusqu'alors. "Je veux être la voix des personnes discriminées", explique celle qui est aussi présidente des Repas de Salem, une association qui oeuvre pour les réfugiés et SDF. 

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Dans le programme qu'elle porte, trois mesures lui tiennent particulièrement à coeur. Premièrement, la création d'un Contrat d'Engagement de Solidarité Active et Responsable (CESAR) qui permettra à certains de dégager du temps (rémunérés) dans leur entreprise pour s'investir dans une association. En contrepartie, l'entreprise pourrait embaucher de nouveaux salariés. Deuxièmement, Hanan Zahouani veut créer des espaces de vie utile (association, entreprises, etc.) en ouvrant des locaux vacants par le biais d'une convention d'habitation. Enfin, la candidate propose des mesures pour revitaliser la démocratie : reconnaissance du vote blanc, droit de vote des étrangers aux élections locales, création de maisons des citoyens, ou encore pétition devenant une proposition de loi citoyenne.

Il ne lui reste maintenant plus que deux semaines pour convaincre les habitants de Bobigny, Drancy et du Bourget de voter pour elle les 11 et 18 juin prochains.

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