Bientôt octogénaire, après une carrière qui couvre plus d'un demi-siècle, Marcel Marceau confirme qu'il n'a rien perdu de sa forme. Ses adieux à la scène, maintes fois annoncés, ne sont pas suivis d'effet si l'on en croit son agenda, où les spectacles s'entrelacent jusqu'au début de l'été.

Le silence parlant de Marcel Marceau

Marcel Marceau, toujours sur les planches ? Rien de plus prévisible pour cet homme qui a survécu à la Seconde Guerre mondiale et l'Holocauste, joué un rôle actif dans la Résistance, et eu quatre enfants et trois épouses. Cela suffirait à faire rougir Prométhée lui-même...

Né à Strasbourg en 1923, Marcel Mangel découvre dès son plus jeune âge les "artistes silencieux", tels Charlie Chaplin, Keaton, Harry Langdon, qu'il s'efforce d'imiter. Son père, d'origine juive, sera déporté en 1944 à Auschwitz et bientôt tué. Sa mère s'installera ensuite dans le Sud de la France. Pour dérouter la Gestapo lancée à ses trousses et dissimuler ses origines juives, Marcel Mengel prend le nom de Marceau. Cet événement coïncide avec son entrée tumultueuse dans le silence.

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En 1946, Marcel Marceau s'inscrit à l'école d'art dramatique Charles-Dullin. Il y trouve son mentor, Etienne Decroux, professeur renommé, et crée son premier "mimodrame". Un an plus tard, le clown Bip fera son apparition sous les lumières de la scène, pour devenir bientôt plus connu que son créateur. Avec son chapeau-claque surmonté d'une fleur rouge en mousseline pour accentuer sa candeur naïve, ses lèvres aux contours prononcés et son maquillage blanc, Bip s'est vite imposé dans l'esprit du public comme la face possible du monde après l'expérience traumatisante de la guerre.