Wait and see

Attendons pour voir. J'avoue que je ne fais pas partie des Européens a priori hostiles à Donald Trump. J'ai toujours souhaité un peu de protectionnisme : le libre échange pur est une erreur morale et technique. J'ai souvent pris la comparaison avec un tanker moderne qui n'a pas une cuve unique. Seul chaque état est bien placé pour choisir les mesures qui seront les mieux adaptées pour amortir les chocs liés aux erreurs de la gérance mondiale.

Un autre axe n'est pas non plus pour me déplaire : la lutte contre Daech doit être une priorité absolue même si cela conduit à tolérer des régimes condamnables. L'exemple de référence est bien connu : il fallait choisir entre Hitler et Staline.

Trump souhaite endiguer l'inondation des Etats-Unis par les produits chinois. Par contre, il souhaite reconnaître en Poutine un partenaire incontournable. Ces choix stratégiques ne me semblent pas scandaleux.

Limiter l'afflux des migrants ? C'est une nécessité objective. La porosité de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est une catastrophe, et d'abord pour le Mexique lui-même. Je l'ai souvent dit : c'est un foyer d'apprentissage de la délinquance.

America first ! Trump est "payé" pour défendre l'Amérique. C'est son job. Donald l'a rappelé dès son premier discours de Président, une formule d'abord destinée à ses partisans. Mais monsieur Trump a aussi précisé, dans ce même discours, qu'il appelait les autres pays à suivre la même ligne. Il souhaite que les Etats-Unis "rayonnent", sous-entendu par leur choix de société, ce qui est moins inquiétant que de vouloir régner.

Les quatre cinquièmes des Français sont défavorables à Trump : compte tenu du Trump bashing médiatique de ces derniers mois, cela n'a rien de surprenant. Mais, c'est Trump qui a été élu. La priorité est donc d'étudier objectivement ses premières décisions.

Nous, Français, nous avons une qualité que le monde entier nous reconnaît volontiers : notre naïve arrogance, parfois pertinente. Cette faculté hors du commun nous permet de savoir, mieux que les Américains, quel est le chef d'état qui leur convient. Selon moi, l'exemple historique le plus récent est le célèbre discours de Dominique de Villepin contre la guerre du Golfe. Sur le fond, de Villepin avait raison mais, sur la forme, cet exposé était d'une insupportable suffisance. Le premier but de ce plaidoyer flamboyant était la glorification de Villepin lui-même. De plus, et surtout, ce pensum est passé à côté de l'essentiel : l'après guerre. Car l'élimination de Saddam Hussein ne fut pas l'erreur majeure : c'est la destruction systématique d'une organisation militaire, pas plus mauvaise qu'une autre, qui a entraîné les désastres que l'on connaît. En 1945 ...

On dit que Donald Trump est ombrageux et veut toujours avoir le dernier mot : c'est le propre des bons vendeurs et ce n'est pas grave si l'on sait, après un temps de latence, revoir ses orientations. Mes meilleurs amis sont souvent de bons vendeurs. Les dirigeants français devraient intégrer cette caractéristique dans leurs futures relations diplomatiques. Il serait dommageable d'irriter inutilement l'homme le plus puissant de la planète.

Sarkozy et Hollande ont déçu la France. Obama reste sympathique et populaire, mais quel est son bilan ? Que fera Trump ? Je ne sais pas.