L'Europe se referme

"L'Allemagne ne peut pas accueillir tous les nécessiteux du monde … Nous avons besoin d'une réduction du nombre de réfugiés." Qui a dit cela ? Un ignoble extrémiste populiste et xénophobe ? Je présume que non.

En effet, c'est le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande. Il est donc, en quelque sorte, le "patron visible" du clergé catholique allemand. C'est peu dire qu'il est en première ligne en ce qui concerne l'attitude conseillée face à l'afflux des réfugiés.

Rappelons d'abord que l'ouverture prônée, au début, par Angela Merkel relève essentiellement d'une conviction altruiste fondée sur la religion. Le bémol, pour ne pas dire plus, du cardinal Marx pèse donc très lourd. Certes, comme tout ecclésiastique de haut rang, Marx atténue son propos. Il assure madame Merkel de son estime.

Mais Marx a déchiré le voile. Le fait est là, incontestable : face à l'invasion des réfugiés, l'Europe se referme. La Suède, jusqu'ici un modèle de prodigalité, envisage d'expulser, par charters, plus de cinquante mille demandeurs d'asile et bloque l'entrée des réfugiés en provenance du Danemark. Celui-ci vient de voter, par 81 voix contre 27, une loi extrêmement sévère à l'endroit des migrants allant jusqu'à confisquer les biens des plus riches au profit de tous. La Grèce est débordée. La Turquie joue un jeu ambigu.Le parti d'Angela Merkel, la CDU, est de plus en plus hostile à la politique de sa cheftaine. Les bateaux de l'OTAN vont intervenir en mer Egée contre les passeurs, à la demande de … Merkel !

Que faut-il faire ? Il n'y a évidemment pas de solution simpliste. On peut tout de même donner quelques indications. La priorité absolue est de cesser de mentir : ce serait déjà beaucoup. Donnons quelques exemples.

Le cardinal Marx susurre que sa prise de position est pour éviter une trop forte poussée de l'extrême droite. Cette mauvaise foi est dans l'air du temps, mais, selon moi, elle est absolument à l'opposé du souffle de l'Esprit. La montée de la droite populiste n'est que la partie émergée de l'iceberg ; c'est un révélateur d'un besoin collectif de protection d'un vivre ensemble durement acquis au fil des siècles.

La problème ne se situe pas seulement à court terme. On l'a déjà dit. Dans le passé, la France a ouvert largement ses portes, par altruisme. On vient maintenant nous dire que ce fut par intérêt. Demain, les "réfugiés" accueillis par l'Allemagne auront leurs propres exigences au prétexte qu'ils ont été sollicités parce que l'industrie allemande avait besoin d'eux.

Il n'y a pas de véritable différence entre un réfugié pour cause de guerre et un migrant pour cause de famine.L'appel d'air provoqué par Angela Merkel a été une terrible faute politique : il faut le dire clairement, quelle que soit, par ailleurs, l'estime que l'on porte à cette grande chancelière. Winston Churchill, lui aussi, a fait de graves erreurs.

L'immigration clandestine constitue une catastrophe humaine pour le "peuple des passeurs" car elle apprend à voler et à exploiter les plus faibles. Ce sont des milliers de pauvres que l'on jette ainsi dans l'infamie. Quand ce système s'arrêtera, le retour du boomerang sera terrible. Je l'ai déjà dit : il faut se renseigner soigneusement sur ce qui se passe à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

Vouloir, à tout prix, trouver un gouvernement local fiable est parfois impossible à court terme. Il faut cesser de "faire semblant" en cautionnant un dictateur désaxé et détesté par une partie de la population.

Alors, que faut-il faire ? Redisons-le, il n'y a pas de solution simpliste. J'ose tout de même une suggestion : instaurer un système de protectorats "temporaires" en bénéficiant des enseignements du passé colonial pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Par exemple, plutôt que de bombarder à outrance la ville d'Alep, il serait préférable d'y instaurer un "protectorat international" sous l'égide de deux ou trois nations, dont la Russie, mais pas la Syrie de Bachar el-Assad, et donc sans aucun Syrien dans le gouvernement "provisoire". On pourrait imaginer un statut analogue à celui qu'a connu Berlin pendant la guerre froide, avant la chute du mur. On peut aussi s'inspirer de ce qui s'est passé au Japon ou à Hong Kong.

Pour le Liban, un protectorat international aurait probablement été préférable à un protectorat syrien occulte. Tout cela suppose une présence militaire forte et un léger contrôle assuré par l'ONU. Evidemment, cela ne peut fonctionner que si la population locale le souhaite. Si elle tolère, de gré ou de force, son dictateur, il faut l'accepter.Par ailleurs, les "camps de réfugiés" doivent être considérés comme des zones neutres et sécurisées militairement sous la responsabilité d'un ou plusieurs pays non engagés directement dans les conflits en cours. C'est là qu'il faut investir massivement, en moyens financiers, mais aussi en initiatives de reconstructions humaines. De plus, il est souhaitable que ces camps restent le plus près possible des zones d'origine des réfugiés pour faciliter leur retour.  

Enfin, il faut aider vigoureusement ceux qui se battent efficacement contre Daech, notamment les Kurdes.Ceci dit, je ne voudrais pas qu'il y ait la moindre ambiguïté dans mes propos : il n'y a pas de solution simpliste. Je suggère seulement d'éviter de perdre du temps avec des ersatz diplomatiques malsains et sans avenir.

Je crois, de même, que nos élus perdent leur énergie, et ce qui reste de notre confiance, dans leurs joutes, brillantes mais inutiles, autour de la déchéance de nationalité. Quand au remaniement ministériel et au discours du président de la République du 11 février, il n'y a presque rien à en dire : ce ne sont que des "non événements". 

En vidéo sur le même thème :Migrants : l'accueil glacial de l'Europe

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