Les diasporas : une solution au drame des migrants ?

Les 24 et 25 avril 2015 se sont tenues à Bordeaux en présence d’Alain Juppé les 3e Journées Nationales des Diasporas Africaines (JNDA) consacrées à l’innovation en Afrique. Une occasion de faire le point sur un aspect mal connu des migrations et qui est pourtant riche de développements pour les années qui viennent.

Les diasporas, c’est quoi ?

Selon les définitions de la communauté européenne et de l’OCDE, les diasporas englobent "les ressortissants d’un pays qui vivent à l’étranger, les migrants qui vivant à l’étranger ont acquis la nationalité du pays de résidence et les enfants de migrants dès lors qu’ils conservent une forme d’engagement ou d’intérêt pour leur pays d’origine ou celui de leurs parents."

Cette approche sociologique qui inclut aussi bien les migrants en situation régulière que ceux en situation irrégulière et leurs enfants  souligne le caractère actif des diasporas qui jouent un rôle de passerelle entre pays d’origine et pays d’accueil.

Quelle est l’importance des diasporas en France et dans le monde ?

Les diasporas représentent actuellement 350 millions de personnes dans le monde soit 5% de la population mondiale. En France les membres des diasporas seraient environ 12 millions avec plus de 4 millions de ressortissants d’origine maghrébine et plus de 3 millions originaires de l’Afrique subsaharienne même si certains n’ont gardé que des liens très ténus avec leur pays d’origine ou celui de leurs parents.

Quel rôle jouent aujourd’hui les diasporas ?  

Un rôle primordial sur le plan économique en matière de transfert de fonds (formels et informels)  et de savoir-faire, de coopération bilatérale et multilatérale, de financement solidaire (le "crowdfunding") pour implanter ou soutenir des entreprises dans le pays d’origine. Mais aussi un rôle culturel et politique pour faciliter les relations au sein d’une communauté dispersée, pour servir de caisse de résonance aux drames qui se déroulent dans les pays d’origine, pour travailler à réconcilier pays d’origine et pays d’accueil,  pour importer les ferments démocratiques acquis dans le pays d’accueil auprès des autorités du pays d’origine.

Quelle est la représentativité internationale des diasporas

Aujourd’hui les organismes supranationaux et les grandes agences internationales se préoccupent d’associer les diasporas aux prises de décisions concernant les migrants. Le Parlement Européen y a consacré plusieurs journées en 2012, l’Organisation Internationale des Migrations a tenu en 2013 une conférence internationale sur les diasporas, l’OCDE de concert avec l’Agence Française de Développement a établi une banque de données Resserrer les liens avec les diasporas qui touche 140 pays. Un partenariat a été établi dans le cadre des quatre  sommets Union Européenne-Afrique (Le Caire 2000, Lisbonne 2007, Tripoli 2010, Bruxelles 2014). De plus certains pays d’origine (Mali, Maroc, Congo, Arménie…) ont crée des institutions chargées des relations avec leurs diasporas, tandis que certains pays d’accueil (Italie, Luxembourg, Portugal, Suisse…) ont mis en place des structures de conseil et d’aide pour le retour aux pays des personnes qualifiées, le soutien aux diasporas, la rémunération et la canalisation de leur épargne. C’était le cas en France pour le compte épargne développement ou le livret épargne développement qui n’ont pourtant jamais décollé, faute d’une expérimentation en vraie grandeur.

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Dans quelle mesure les diasporas pourraient-elles contribuer à réguler les flux migratoires ?

Les diasporas jouent un rôle psychologique décisif vis-à-vis des candidats à la migration. Aujourd’hui, selon l’enquête Gallup effectuée hors Union européenne, un habitant sur 5 souhaite quitter son pays. Proportion qui monte à 1 sur 3 en Afrique subsaharienne, à 46% en République démocratique du Congo, à 52% en Sierra Leone et à 54% en Haïti. Le désir de migrer ne postule pas le passage à l’acte. Mais en aidant les primo-arrivants comme en dissuadant ceux qui souhaitent partir en les informant sur la situation réelle dans les pays d’accueil qui sont loin d’être un Eldorado, les diasporas pourraient contribuer à une certaine régulation des flux migratoires. Encore faut-il qu’elles soient consultées pour toutes décisions concernant les migrations ce qui est loin d’être le cas. Et que leurs membres ne succombent pas à la tentation,  quand ils reviennent au pays, de vanter leurs success stories alors que certains se sont lourdement endettés pour ne pas arriver les mains vides.

Quels sont en France les obstacles à l’action des diasporas ?

Certaines diasporas sont éclatées (la diaspora haïtienne), en proie à des tensions conflictuelles (la diaspora ivoirienne), mal acceptées par le pays d’origine qui voit en eux des opposants potentiels (la diaspora togolaise), plus portées vers le soutien à la famille restée au pays qu’à l’action publique (la diaspora malienne). D’autres sont trop faibles pour se faire entendre (la diaspora burkinabé) ou au contraire trop importantes pour parler d’une seule voix (la diaspora chinoise). Alors qu’il y a un Conseil national du Culte Musulman qui, quelles que soient les critiques qu’on peut formuler,  est un interlocuteur des pouvoirs publics, il n’y a pas de plate-forme commune des diasporas. Mais dans la situation dramatique où se trouvent les migrants rassemblés sur le littoral sud de la Méditerranée, en attente d’un départ pour l’Union européenne quels qu’en soient les risques, et victimes de la rapacité et de la désinvolture des maffias de passeurs, ne pas écouter la voix des  diasporas qui sont le lien naturel entre ceux qui veulent partir et ceux qui sont arrivés est une erreur dont l’Europe n’a pas fini de payer le prix.

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