Le Louvre en Asie

L’inauguration de "l’antenne" du Louvre à Abu Dhabi a fait la "une" de plusieurs médias, à juste titre. Comme la majorité des commentateurs, je suis pleinement d’accord avec cette orientation et je souhaite que ce pas décisif soit un accélérateur des échanges culturels internationaux.

Sur le plan technique d’abord. L’écrin est, en lui-même, une œuvre d’art et les donneurs d’ordre ont eu la délicatesse de confier la responsabilité de ce chantier à un Français, Jean Nouvel ; selon les observateurs, celui-ci a su mettre les prouesses de l’architecture moderne au service de l’eau et, surtout, de la lumière, tout en s’inspirant de "l’urbanisme" local. Les retombées financières pour la France ne sont pas négligeables ; presque un milliard d’euros sur vingt ans.

Les œuvres d’art ne sont pas faites pour rester enfermées dans des coffres-forts ; leur accès au plus grand nombre doit donc être facilité. Certains pensent que cela pourrait diminuer le nombre de visiteurs du Louvre parisien puisque l’on peut découvrir certaines pièces ailleurs ; je pense le contraire : déguster un bon vin français en terre étrangère donne envie de venir en tester d’autres au cœur de leurs terroirs.

Mais l’intérêt essentiel se situe à un tout autre niveau. C’est une vitrine ouverte sur une part de l’âme de la France : cela ne peut que renforcer son prestige "spirituel". Cela peut aussi en donner une image beaucoup plus diversifiée et prolifique que ce que certains imaginent.

Or, plus que jamais, le monde a besoin de références culturelles et spirituelles. Très prosaïquement, le seul fait de voir comment l’art "habille" le nu à travers les âges et les civilisations aide à remettre celui-ci à sa vraie place. Peut-être que, un jour, Amor Vincit Omnia, Cupidon peint par Le Caravage, sera exposé au Louvre parisien, le temps d’un soupir. Et, même si de nombreuses œuvres sont le reflet des idéologies passées, elles donnent à réfléchir et à relativiser les jugements péremptoires d’aujourd’hui. Le roi louis IX était incontestablement un saint, au sens fort, toutes spiritualités confondues : et pourtant, il a animé deux croisades dont la débilité est, elle aussi, incontestable.

Enfant, on a "oublié" de me parler de l’âge d’or de la civilisation musulmane ; on a omis de m’expliquer que l’émir Abd el-Kader était un immense philosophe, un artisan de paix. Si le Louvre des Emirats permet à quelques musulmans de mieux connaître la France, avec ses faiblesses et ses grandeurs, la paix progressera dans le monde.

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