Cette année, le peuple arménien commémore le centenaire du génocide dont il a été victime et qui n’a toujours pas été reconnu par le pays qui en est responsable, la Turquie. Résumer en quelques lignes l’histoire du génocide est une chose ardue, mais Planet.fr tente une explication pour ses lecteurs qui n’auraient pas tout suivi avec l’aide de l’historien Yves Ternon.

Lorsque nous lui parlons du génocide arménien, l’historien Yves Ternon, auteur de nombreux livres sur le sujet, tient à préciser qu’il préfère utiliser le terme de "génocide des Arméniens". "Sinon on peut croire que ce sont les Arméniens qui ont perpétré le génocide" explique-t-il. Le docteur en histoire à l’université La Sorbonne a répondu à nos questions les plus basiques sur le sujet.

Qui a perpétré le génocide ? 

Yves Ternon : Le génocide des Arméniens a été décidé par le gouvernement dit "Jeunes-Turcs" qui dirigeait l’Empire ottoman à partir de 1908. Il était composé de membres d’un parti nationaliste révolutionnaire nommé le Comité Union et Progrès.

Quand est-ce que le génocide a commencé ?

Yves Ternon : Le 24 avril 1915, le génocide commence avec l’arrestation et l’assassinat des notables arméniens. Les massacres des Arméniens ont duré jusqu’à la fin de l’année 1916.

Comment les massacres se sont-ils déroulés ?

Yves Ternon : Plus de 1,3 million de personnes ont été assassinées jusqu’en 1916. L’essentiel des victimes (près d’un million) venait des six provinces orientales d’Anatolie. Les massacres ont eu lieu durant les déportations. Ce sont d’abord les hommes qui ont été arrêtés pour des motifs divers et variés avant d'être déportés. Les hommes ont été tués tout de suite. Les femmes, les enfants et les vieillards ont beaucoup voyagé jusqu’à des camps de réfugiés d’où ils étaient censés atteindre le lieu dit "idéal" pour la déportation qui était Alep. La plupart sont morts du fait des conditions terribles de leur déportation le long du fleuve de l’Euphrate, et dans le désert de Deir ez-Zor jusqu’en 1916.

Pour quelle raison le gouvernement "Jeunes-Turcs" s’en est-il pris au peuple arménien ?

Yves Ternon : Après plus d’un demi-siècle sous la gouvernance du sultan Abdülhamid II dit le "Sultan Rouge", les "Jeunes-Turcs" arrivent au pouvoir en 1908. Leur accession au pouvoir apporte un espoir pour les minorités de l’Empire ottoman, dont la minorité constituée par le peuple arménien qui rêvait d'indépendance, chose qu’elle souhaitait obtenir avec l’aide des puissances européennes.

Or, le parti au pouvoir refuse cette indépendance, au lieu de cela, les opposants nationalistes souhaitent "homogénéiser" le pays. Le gouvernement entreprend donc une homogénéisation idéologique du pays même si l’Etat n’est pas musulman, mais athée. Les Arméniens, qui sont chrétiens, ne pouvaient s’assimiler idéologiquement du fait de leur différence de religion. Leur destruction a alors été programmée, et à partir du moment où il y a une destruction programmée de la population, c’est un génocide.

Où en est-on aujourd’hui ? Pourquoi la Turquie refuse-t-elle de reconnaître ce génocide ?

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Yves Ternon : Cent ans plus tard, le génocide des Arméniens est une vérité établie et la Turquie s’obstine à la nier. Pourtant, la preuve est faite depuis le départ, la volonté de destruction de la population ne fait aucun doute. Mais le gouvernement ne veut pas reconnaître que la Turquie a été capable de faire ça, cela reviendrait à reconnaître que l’Etat turc est fondé sur ce génocide (la Turquie "actuelle" a été fondée en 1923, après la chute de l’Empire ottoman NLDR). Par ailleurs, la totalité des biens des Arméniens a été volée à l’époque, la Turquie craint une demande de restitution de ces biens en cas de reconnaissance.

 

En vidéo sur le même thème - Serge Sarkissian : ‘‘La reconnaissance du génocide par les Turcs est le chemin le plus court vers la réconciliation’‘ 

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