Farida Khalaf a 19 ans et vient d’une région du nord de l’Irak. En août 2014, son village a été attaqué par Daesh. Alors que les hommes étaient exécutés, elle et les autres femmes sont devenues esclaves sexuelles. Elle nous raconte comment elle a survécu et s’est échappée de l’enfer.

Farida*, 19 ans, habite en Allemagne. Comme de nombreux jeunes de son âge, elle a l’espoir d’exercer plus tard le métier de ses rêves : professeur de mathématiques. Mais Farida n’est pas comme les autres adolescents.

Il y a quelques mois encore, elle était esclave sexuelle pour les soldats de Daesh en Syrie. Dans son livre La jeune fille qui a vaincu Daesh, paru aux éditions Hugo Doc, cette rescapée nous raconte comment son village en Irak a été décimé par les fanatiques islamiques, l’enfer qu’elle a vécu en Syrie et comment elle s’en est échappé. Elle a également accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

Son histoire commence en août 2014, Farida Khalaf avait alors 17 ans et habitait avec sa famille dans un village situé dans les plaines du sud des monts Sinjar, dans le nord de l’Irak. Avec ses frères et ses parents, elle vivait paisiblement, allait à l’école et rêvait d’être professeur de mathématiques.

Un jour d’été, quelques temps après avoir pris la ville de Mossoul, les troupes de Daesh se sont attaqués à leur village. Appartenant à la communauté Yézidie, l’une des plus anciennes religions de Mésopotamie, les habitants ont eu le choix : se convertir à l’islam ou mourir. Après avoir décidé de rester fidèles à leur religion, les hommes ont été abattus et les femmes réduites en esclaves sexuelles pour les guerriers de Daesh.

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Battue à mort pour tentative de suicide

Séparée de sa mère, Farida a été enlevée avec plusieurs de ses camardes de classes. C'est à partir de là qu'a commencé son combat pour survivre. 

Vendue à plusieurs guerriers, la jeune femme a souvent changé de "propriétaire", car trop impétueuse et agressive. Elle a d’ailleurs été plusieurs fois battue, presque à mort. "Je provoquais les soldats, c’est mon caractère. Si quelqu’un me traitait mal, je me battais en retour, peu importait si ce quelqu’un était très fort et si cela semblait inutile", confit-elle à Planet.fr.

Plusieurs fois, elle et ses amies, âgées entre 12 et 18 ans, ont tenté de se suicider. En vain. Lorsqu’elles étaient surprises par leurs geôliers après avoir essayé de se pendre ou de s’ouvrir les veines, elles étaient sévèrement battues. Farida a même dû rester plusieurs semaines allongée après avoir été rouée de coups.

Son quotidien : les violences, les viols, la malnutrition et les menaces. "C'était très dur. Quand vous êtes dans une telle situation, vous pensez que vous allez peut-être rester captive toute votre vie et mourir là, sans pouvoir voir votre famille de nouveau. C'était très déprimant. La seule chose qui m’a donné espoir était ma foi", se rappelle-t-elle.

Solidarité féminine toute relative

Enfermée dans un container avec d’autres femmes, elle a fomenté une évasion en espérant que la chance tourne enfin. Cependant, même avec les autres captives, la prudence était de mise : "J’ai eu différentes relations avec chacune des femmes. Certaines d’entre elles étaient mes amies et j’aurais fait n’importe quoi pour elles. Il y en avait d’autres en qui je n’avais pas confiance car elles étaient trop soumises. Je ne leur ai jamais dit aucun secret car je n’étais pas sûre qu’elles les garderaient face aux hommes". Les lavages de cerveau de Daesh ou simplement la terreur réussissaient à convaincre les captives de faire ce qui leur était demandé.

"Je n’imagine même pas ce qu’ils nous auraient fait s’ils nous avaient attrapées"

Enfin, après plusieurs mois, la chance s’est enfin montrée. Avec cinq autres jeunes filles, Farida a réussi à prendre la fuite. Une expédition périlleuse et éprouvante. "Cela a vraiment été compliqué. Nous avons pris d’énormes risques. Je n’imagine même pas ce qu’ils nous auraient fait s’ils nous avaient attrapées", s’inquiète rétrospectivement Farida.

Après avoir rejoint l’Irak et retrouvé certains membres de sa famille, la jeune femme a été prise en charge par un organisme pour rejoindre l’Allemagne et avoir un avenir.

Paria dans sa propre communauté

En effet, violée à de nombreuses reprises, Farida est aujourd’hui considérée comme souillée et impossible à marier par les membres de sa communauté.

Une vision que n’accepte pas la jeune vétérane. "Je ne retournerai pas en Irak. Je suis heureuse en Allemagne. C’est un endroit beaucoup plus paisible. Puis, je ne pense pas que les Yézidis aient un avenir en Irak. Je ne me sentirais plus jamais en sécurité là-bas. C’est triste de dire ça alors que c’est ma terre natale", se désole-t-elle.

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Aujourd’hui, domiciliée en Allemagne avec sa mère et deux de ses frères, Farida étudie dans un lycée et est devenue la meilleure de sa classe en mathématique. Elle est bien décidée à réaliser son rêve : devenir professeur.

*Le nom a été changé

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