La Crimée a déclaré ce matin unilatéralement son indépendance et a entamé son processus de "rapprochement" avec la Fédération de Russie.

96,7%... Ce n’est pas le score engrangé par l’un des dictateurs que compte (encore) la planète mais bien le résultat du référendum conduisant à la proclamation de l’indépendance de la Crimée ce lundi 17 mars. Depuis que les tensions de la place Maidan se sont répercutées sur la péninsule, le "rattachement" à la Fédération de Russie ne faisait plus aucun doute.

Une annexion vécue comme une agression

Bien que décriée à l’unisson par les occidentaux, la manœuvre qualifiée, de "farce" par Londres, enracine davantage l’influence du Kremlin en Crimée qui doit se prononcer mardi, par la voix de Poutine, sur le processus d’intégration de la région. L’Ukraine quant à elle déplore ce qui est vécu comme une "agression" sur sa souveraineté et intègre en réponse 40.000 réservistes à ses effectifs militaires attendant alors que ses soutiens prononcent ces fameuses "sanctions". Depuis la chute de l’URSS, jamais les tensions n’ont semblées aussi vives entre les Occidentaux et la Russie alors que s’installe un climat que certains qualifient similaire à celui de la Guerre Froide. Que révèle cette "annexion" et quelles répercussions pourrait-elle avoir?

Les dépouilles de l’empire soviétique

"Ce qui se joue, c’est une bataille sur les dépouilles de l’empire soviétique". Contacté par Planet.fr, voilà ce que Pierre Verluise, spécialiste de l’Union Européenne et directeur du site spécialisé Diploweb, nous explique sur la proclamation d’indépendance de la Crimée. Ce que cette crise révèle, c’est donc bien cette lutte d’influence qui s’exerce depuis 91 sur les anciennes provinces soviétiques. Comme ceci fut le cas en Ossétie du Sud ou en Abkhazie, la Russie entend garder la main sur ses anciennes provinces sur lesquelles elle conserve une influence politique et culturelle.

De l’autre côté, l’UE cherche également à accroître son influence comme elle a pu le faire avec les pays baltes, tous les trois membres de l’UE et de l’OTAN. Les crispations sont particulièrement perceptibles aujourd’hui dans la mesure où "l’Ukraine constitue le plus gros morceau, avec le plus fort potentiel économique et la plus importante situation stratégique", même si l’Ukraine d’aujourd’hui, "affaiblie sur le plan économique, connaît des difficultés démographique". La destitution du président Ianoukovitch avait donc vocation à faire basculer l’Ukraine dans le giron occidental. Avec cette sécession sponsorisée par la Russie, le Kremlin a trouvé un moyen de pression particulièrement efficace.

Le mode opératoire

Ce n’est pas la première fois que la Russie s’adonne à ce genre de manœuvre ce qui fait dire à notre spécialiste que "ce ‘pseudo referendum’ n’a pas de valeur. Il ne respecte en rien les procédures ukrainiennes ni celles de l’OSCE qui doit veiller, via ses observateurs, au bon déroulement du scrutin. Dès lors, sa valeur juridique et nulle. Ce type de manœuvre politique mise en place par la Russie vient s’ajouter à une liste dans laquelle figurent déjà l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Ces précédents laissent facilement envisager quelles sont les prétentions de la Russie sur l’Ukraine".

Comme le rappelle le HuffPost :"en encourageant et en soutenant l'autonomie des minorités locales, le Kremlin a précipité dans ces régions l'organisation de référendums non-reconnus et les déclarations unilatérales d'indépendance". Du côté russe, c’est donc "aux mêmes maux les mêmes remèdes". Il s'agit donc là d'un mode opératoire parfaitement maîtrisé par Moscou.

À noter, les autorités de Crimée ont décidé aujourd'hui que le rouble serait désormais considérée comme monnaie officielle. De son côté, la Russie a promis une aide de 295 millions d'euros aux nouvelles autorités pro-Russes.

Derrière la Crimée, l’Ukraine

"Le principal problème de Poutine, c’est d’avoir, au-delà de Sébastopol, un nouveau moyen de pression sur Kiev. Premièrement, il s’agit de montrer à l’Ukraine qu’elle a échouée dans sa tentative de rapprochement avec l’UE. Deuxièmement, il s’agit pour Poutine de s’ancrer territorialement en Ukraine signifiant alors que les pressions (politiques et militaires) sur Kiev vont s’accentuer" nous indique Pierre Verluise. En violant l'intégrité du territoire ukrainien, Moscou rappelle que c'est bien Kiev qui est en ligne de mire. Ce faisant, les occidentaux n'ont pas tardé à réagir et à mettre à exécution leurs menaces de sanction.

La Maison Blanche a indiqué qu'une liste de personnalités impliquées dans cette annexion sera concernée par des "gels d'avoir" quand l'Union Européenne confirme de son côté procéder au même type de sanctions ainsi qu'à une série de restriction de visas.

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Si notre spécialiste concède qu'à court terme les tensions vont se crisper, "surtout d'un point de vue verbal", il invite tout de même les observateurs à ne pas céder à la panique en précisant que les comparaisons avec la guerre froide biaisent la lecture de cette crise. À ce jour, personne ne peut vraiment prédire qu'elle en sera l'issue.

Ci-dessous, une journaliste américaine démissione pour protester contre la politique russe.

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