Alors que l’agence européenne a enregistré un nombre record de 500 000 migrants entrés en Europe depuis le début de l’année, la question de son efficacité est posée.

Les chiffres sont tombés mardi. Depuis le début de l’année, un demi-million de migrants sont entrés dans l’Union européenne (dont 156 000 rien que pour le mois d’août) contre 280 000 pour l’ensemble de l’année 2014.

Ce résultat émane de Frontex, l’agence de surveillance des frontières extérieures européennes, qui annonce toutefois que certaines personnes ont pu être comptabilisées deux fois. L’agence indique par ailleurs que depuis le début de l’année, 106 000 migrants ont été secourus en Méditerranée, la plupart près des frontières libyennes. Selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM) près de 2 800 migrants sont toutefois morts en traversant la mer.

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A quoi sert l’agence Frontex ?

L’agence Frontex, dite "le gendarme de Schengen", est opérationnelle depuis 2005 et dirigée depuis cette année par le Français Fabrice Leggeri. C’est elle qui gère la coopération entre Etats membres aux frontières extérieures de l’Union européenne. Ses objectifs sont de lutter contre l’immigration clandestine, analyser les risques aux frontières et assurer des missions de sauvetage.

Le budget de l’agence est de 142 millions d’euros pour cette année, soit un peu plus que l’année dernière. Les moyens matériels (hélicoptères, navires, etc.) sont assurés par les Etats membres.

Pourtant, l’efficacité de Frontex est remise en cause par différents protagonistes, les uns l’accusant de ne pas protéger assez les frontières européennes, et d’autres au contraire, principalement des associations humanitaires, lui reprochent des méthodes d’intervention brutales.

L’agence se défend de tout laxisme et parle d’"une situation exceptionnelle"

Au centre des critiques, Frontex se défend de tout laxisme et se justifie en parlant d’une "situation exceptionnelle" à propos des arrivées de migrants. "Normalement, on voit 100 000 migrants par an, 140 000 pendant le Printemps arabe, c’est tout, indique à Planet.fr Ewa Moncure, une responsable de l’agence. Le problème est hors de l’Europe, tant que la situation ne s’arrangera pas en Syrie, nous devrons faire face à un afflux de migrants toujours aussi important."

Pour faire face à ces flots migratoires, "l’agence Frontex manque de personnel, plus précisément de personnes en charge de contrôler les migrants et de trier les possibles réfugiés des migrants économiques.", fait savoir Ewa Moncure. Celle-ci souligne par ailleurs que l’agence Frontex ne peut pas refouler ces personnes, mais seulement informer les Etas membres de l’identité présumée ou reconnue de celles-ci car Frontex "n’est qu’une agence de coordination des pays membres." S’agissant d’infiltrations de combattants de l’Etat islamique, cette dernière qui a visité plusieurs centres de tris en Grèce, en Hongrie, etc. se veut rassurante : "Nous n’en avons pas encore vu."

Quant aux accusations de méthodes brutales envers les migrants de la part d’associations humanitaires, cette responsable les balaie d’un revers de la main : "Ce n’est pas vrai", préférant souligner que les bateaux mis à disposition de l’agence ont effectué "beaucoup de sauvetages en Méditerranée".

Bernard Cazeneuve veut que "Frontex monte en puissance"

Dans un entretien au Figaro, le patron de Frontex avait tenté de désarmer les critiques sur cette "Europe passoire" : "En droit, c'est encore chaque État de débarquement qui doit prendre la décision d'éloignement. Frontex ne peut pas se substituer complètement à l'État, en l'état actuel du droit européen. Avec la Commission (européenne), nous travaillons à élargir la mission de Frontex, pour plus de souplesse à notre propre initiative. Il faut pouvoir éloigner rapidement les déboutés du droit d'asile, et pas seulement de Grèce et d'Italie."

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Une demande que semble avoir entendu le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, puisqu’il a indiqué lundi lors d’une conférence de presse qu’il fallait que "Frontex monte en puissance, ait les moyens de faire ce contrôle, et que Frontex soit aussi mandatée par l’Union européenne pour organiser les retours vers leur pays de provenance de ceux qui sont en situation d’irrégularité sur le territoire européen car ils sont des migrants économiques."

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