Faut-il accabler Vladimir Poutine ?

La destruction programmée de l'est d'Alep est indéfendable. La responsabilité personnelle de Vladimir Poutine est incontestable. Alors, que faut-il faire ?

Comme beaucoup d'autres, j'ai toujours dit que l'Europe avait besoin de garder de bons rapports avec la Russie, notamment face à la Chine et aux Etats-Unis. Au contraire, l'Union européenne et la France ont tout fait pour rejeter Vladimir Poutine. Celui-ci a donc dû se chercher des alliés ailleurs : Bachar al-Assad, l'Iran et, avec plus de réserves, Erdogan.

Cette orientation est-elle réversible ? A court terme, non : pour beaucoup d'Européens, le bombardement d'écoles et d'hôpitaux est un crime contre l'humanité. De plus, s'il ne veut pas se déjuger, Poutine doit aller jusqu'au bout de son action ; sa crédibilité est engagée : il ne peut pas faire la guerre à moitié. La France, comme le reste de l'Europe, est donc bien obligée de condamner mais elle aurait tort d'accabler. Un prix Nobel de la paix pour les casques blancs d'Alep serait un signe fort et pas trop polémiste.

Il est clair aussi, sans aller jusqu'à parler d'un "nouveau Yalta", que Barack Obama laisse faire Poutine à Alep en "échange" d'une liberté de manœuvre à Mossoul. Là aussi, que faut-il en penser, notamment en ce qui concerne l'engagement de la France ?

Il ne faut pas se faire d'illusions : reprendre Mossoul ne peut être que l'oeuvre de troupes au sol ; le poids de la France y est donc négligeable. L'installation d'une batterie d'artillerie composée de canons puissants et précis n'est pas inutile ; les Rafale peuvent apporter quelques informations et effectuer quelques tirs ciblés : mais ce n'est pas cela qui modifiera réellement le rapport de force. La France n'est pas la Russie : elle ne peut pas se permettre de bombarder des objectifs civils et Daech n'hésitera pas à utiliser des boucliers humains.

La première utilité des Rafale est électorale : on peut parier, sans risques, que, si la guerre dure au-delà de Noël, ce qui est probable, nos aviateurs bénéficieront d'une visite impromptue du chef des armées, François Hollande.