EXIGEZ la taxation des multinationales

Il est indispensable de taxer les profits des multinationales. Techniquement, chaque pays peut  facilement instaurer un mécanisme juste et relativement précis. Par exemple, la France, unilatéralement, peut considérer que les bénéfices réalisés en France sont proportionnels aux bénéfices mondiaux et au chiffre d'affaires en France et inversement proportionnels au chiffre d'affaires mondial. Les chiffres précités sont bien connus ou faciles à estimer.

Le problème est donc purement politique. Peut-on compter sur l'Europe pour s'engager dans cette voie ? A court terme, non. La Commission européenne est noyautée par les lobbies internationaux : José Manuel Barroso et Neelie Kroes nous l'ont rappelé récemment. Seul un chef d'état, investi par le suffrage universel, peut remettre en cause cet aspect de la mondialisation. Il faut aussi que le pays novateur soit assez puissant pour être entendu : en Europe, il faut donc que ce soit la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni.

Je veux être clair : il ne s'agit pas de déclarer la guerre à la finance internationale, mais seulement de demander à chacun de prendre sa part de l'impôt, cette contribution au bien de tous. D'ailleurs, le taux de taxation peut être fortement abaissé si les bénéfices sont réinvestis dans le pays considéré. Certains diront que ce tribut est négligeable ; non, il est indispensable à la fois sur le plan technique et sur le plan idéologique.

Je vais prendre une comparaison, imparfaite. Le monde financier est un moteur dont l'huile est la monnaie. S'il y a une fuite d'huile, le moteur se grippe. Si les bénéfices réalisés globalement dans un pays ne sont pas réinvestis dans ce même pays, il y a une "fuite de capitaux". Les financiers eux-mêmes reconnaissent que l'évolution actuelle est techniquement aberrante : dettes pharamineuses, taux de prêts négatifs, liquidités colossales.

Mais il y a aussi l'aspect psychologique : les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Il ne faut oublier ni Ben Laden, ni la Révolution Française : la similitude entre les nobles d'hier et les multimillionnaires d'aujourd'hui est peu contestable. La technique utilisée par Ben Laden n'avait aucune chance d'améliorer le sort des pauvres dont certains, d'ailleurs, étaient dans les tours jumelles de Manhattan. Et pourtant, l'effondrement des deux tours symboliques a suscité les applaudissements, plus ou moins discrets, de millions de pauvres. La tentative d'assassinat de deux policiers français montre que l'insécurité ne concerne pas que les islamistes ou les pays pauvres. Si la Révolution éclatait au niveau mondial, les dégâts pourraient être terrifiants.

Sans aller jusque-là, la course à la compétitivité ne peut pas contribuer au bonheur de l'Humanité. Les progrès techniques doivent servir le bien de tous et permettre une amélioration de la vie de chacun : c'est de moins en moins le cas actuellement.

La plupart des candidats sont à la recherche de "l'idée lumineuse" qui les fera exister "médiatiquement". Quel que soit votre poulain, EXIGEZ  qu'il amorce une réflexion sur la taxation des multinationales : cela obligera les autres candidats à se positionner. Il ne faut pas négliger le poids des réseaux sociaux s'ils relaient cette alarme ou des appels analogues. Comme le rappelle FOG (éditorial du journal Le Point), qui cite Denis de Rougemont : plutôt que de vous demander "Que va-t-il nous arriver ?", il vaut mieux vous demander "Que puis-je faire ?"      

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