CETA : danger mortel ?

L'accord "belgo-belge" du 29 octobre concernant le CETA n'est qu'une banale péripétie dans la longue saga de ce traité ambitieux (plus de mille-cinq-cents pages). Mais, quant au fond, que faut-il en penser ?

Il faut d'abord bien comprendre que le CETA, entre le Canada et l'Union européenne, est le cheval de Troie, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, qui prépare le TAFTA, entre les Etats-Unis et l'Union Européenne. Les économies du Canada et des Etats-Unis sont trop imbriquées pour qu'il en soit autrement : regardez une carte en sachant qu'il n'y a pas de mur entre le Canada et les Etats-Unis.

L'harmonisation mondiale des normes technologiques est souhaitable et inéluctable. J'ai été associé d'assez près à la genèse des normes ATM (sur le transfert des données informatiques) pour savoir qu'il est préférable de connaître, au plus tôt, les normes qui seront adoptées demain. Cela évite de s'engager sur des pistes sans issues et cela permet, au contraire, de commencer à réfléchir aux prototypes adaptés. Dans ce domaine, pour la France, même si les décisions essentielles seront prises au-delà de l'Atlantique, une concertation entre l'Europe et les Etats-Unis, éventuellement ouverte à d'autres, vaut mieux qu'un tête-à-tête occulte entre la Chine et ces mêmes Etats-Unis. Cet aspect du CETA est donc positif.

En ce qui concerne les normes environnementales, au sens large – couche d'ozone, air, eau, nourriture, musique, cinéma, … – je compte sur les véritables écologistes, il en est des deux côtés de l'Atlantique, soutenus par les opinions publiques, pour faire le tri entre l'ivraie et le bon grain.

La mondialisation "bête et méchante" de la finance me semble, a priori, une erreur technique. Dans les tankers modernes, il n'y a pas une seule cuve : sinon, en cas de tempête, c'est toute la cargaison qui serait solidairement projetée d'un bord à l'autre avec des effets de masse dangereux. Il en va de même pour les capitaux financiers. La crise des subprimes a révélé un aspect de cette fragilité. Les banques centrales ont mis en place des remèdes mais elles ne se sont pas attaquées au mal lui-même. Il me semble donc indispensable que chaque pays dispose "d'amortisseurs" pour atténuer les chocs financiers mondiaux. Selon moi, l'instauration d'un "franc virtuel" (voir mon livre EXIGEZ la Réforme), serait un outil de régulation, certes insuffisant, mais simple, économique et d'une efficacité non négligeable.  

Mais l'essentiel est ailleurs. Le CETA attache une grande importance à la protection des investissements ; notamment, il prévoit des tribunaux "indépendants" qui pourraient condamner financièrement les états quand ceux-ci remettent en cause les "avantages acquis" des investisseurs. L'exemple de la Commission européenne, pourtant contrôlée par un Parlement élu, montre à l'évidence que les susdits tribunaux seraient, de fait, sous la domination des multinationales. Cela signifie, par exemple, qu'il serait impossible d'introduire de nouvelles taxes sur les bénéfices des multinationales.  

En clair, c'est donner le pouvoir financier mondial aux plus riches. Selon moi, il y a là un danger majeur, aussi inquiétant que ne le fut le communisme pur et dur. Il faut être lucide : le CETA, qui prépare le TAFTA, repose clairement sur un choix de civilisation. C'est croire que, s'ils ont le pouvoir ultime, les plus riches sauront conduire l'Humanité vers une mondialisation heureuse. Je suis convaincu du contraire. On pourrait peut-être accorder une relative confiance aux grands managers. Mais, de fait, le pouvoir échoit très vite à leurs successeurs et donc aux vautours, aux prédateurs et autres spéculateurs qui gravitent autour de l'argent facile.  

Le pouvoir de l'argent doit rester soumis à celui du peuple : cela ne peut donc se faire qu'à l'intérieur des états. La France, ou l'Allemagne, peut contester les excès de l'Union européenne. Elle ne pourra pas s'opposer aux diktats des Etats-Unis. Selon moi, vu sous cet angle, pour le long terme et en sa forme actuelle, le CETA est plus inquiétant que Daech : or, sauf erreur de ma part, aucun des candidats à la primaire de la droite n'a évoqué ce danger mortel. Jean-Luc Mélenchon et Florian Philippot, eux, ont clairement manifesté leur totale opposition à ce traité. 

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