Hervé Gourdel a été assassiné hier, décapité par les djihadistes de Jund al-Khilafa. À l'images des autres otages qui ont subi le même sort, qu'est-ce qui motive ces islamistes à recourir à cette pratique barbare ?

"Barbarie", "crime", "effroi", "choc"… Dans les journaux ce matin, les expressions ne manquaient pas pour tenter de qualifier l’assassinat d’Hervé Gourdel, décapité en Algérie par un groupe de djihadistes ayant prêté allégeance à l’Etat Islamique.

Les images traumatisantes de la scène précédant l’exécution ont fait le tour des médias et de nombreux internautes se sont empressés de visionner en ligne la mise à mort du quinquagénaire niçois (la vidéo affiche déjà 30.000 vues).

Si le caractère innocent de la victime a de quoi émouvoir, la façon dont elle a été exécutée dépasse l’entendement. Dès lors, une question se pose. Pourquoi les djihadistes pratiquent-ils la décapitation ? Une question à laquelle Planet.fr a tenté de répondre.   

La dimension religieuse et historique

La décapitation en elle-même ne peut pas se réduire à un quelconque héritage religieux. L’administration de cette pratique par la justice française jusqu’à l’abolition de la peine de mort montre que ce que l’on qualifie de pratique "barbare" avait cours jusqu’en 1981 sans être inspirée par des motivations religieuses.

Or, dans le cas d’Hervé Gourdel, le caractère religieux de l’acte ne peut-être nié. Cependant le Coran ne compte que deux mentions de la décapitation (sourate 8, verset 12 et sourate 47, verset 4). Et encore… S’agissant de "frapper les cou" pour ces uniques exemples, seule une surinterprétation des textes laisserait entendre qu’il s’agirait, effectivement, de couper des têtes.

En fait, si depuis les années 90 en Algérie (GIA) en passant par les années 2000 en Irak (Al-Qaïda) jusqu’aux exactions commises aujourd’hui par le Daech, on décapite ses "ennemis", c’est parce que le caractère symbolique de "l’agneau de sacrifice" a surtout une portée médiatique et psychologique très puissante.

L’impact psychologique et médiatique

Sur BFM TV ce jeudi 25 septembre, le spécialiste Jacques Servent insistait sur cette "action de terreur" qui peut compter sur une "caisse de résonnance médiatique" pour choquer les opinions publiques occidentales.

Semer le doute chez les occidentaux, terroriser les populations hostiles au djihad, intimider les décisionnaires par des actes de barbarie, telles sont les objectifs qui motivent ces actes inqualifiables.

La décapitation est donc une arme de communication utilisée par les djihadistes pour déstabiliser les pays ennemis. Antoine Basbous, fondateur de l'Observatoire des pays arabes interrogé par Francetv Info, précise que cela "permet de compenser le manque d’hommes" de ces groupes.

"C’est moins de forces, plus d’effets" poursuit-il en évoquant les nombreuses décapitations qui sont exécutées chaque jour dans l’Etat Islamique. La mise en scène par la vidéo montre bien que l’acte a été pensé dans une stratégie de diffusion. Une décapitation sans image aurait eu, de facto, beaucoup moins d’impact.   

La détermination djihadiste

Mais derrière cette stratégie de communication terroriste, se cache également un message politique. Celui de la détermination des djihadistes. Pour Alain Rodier cité par France TV Info, ces décapitations font office de "carte de visite dans la compétition entre les mouvements radicaux".

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Selon lui, il s’agit dans ces cas de montrer aux autres qu’on "ne fait pas de prisonniers" ce qui expliquerait ce que la chercheuse Myriam Benraad qualifie de "surenchère dans l’horreur". En résumé, plus un groupe islamiste verse dans l’atroce et l’abominable, plus il sera considéré par ses pairs comme "pur" et déterminé dans le combat qu’il mène.

 En vidéo sur le même thème : Les connaissances de l’otage bouleversées

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