Un SDF américain qui rapporte 42 000 dollars à la police, un buraliste espagnol qui choisit de ne pas garder un ticket de loto gagnant de 4,7 millions d’euros... En ce mois de septembre 2013, l’espèce humaine est méconnaissable et souffre d'une étrange folie d'intégrité. Mais faut-il pour autant s'en réjouir ?

Glen James et Manuel Reija, deux cas sévères d'honnêteté aiguë

©DR

Il n’y avait pourtant qu’un simple zip et une once d’égoïsme légitime entre Glen James et le bonheur terrestre. Seulement voilà, Glen n’a peut-être pas de toit, mais il ne manque pas de panache. Et lorsqu’il tombe, le 14 septembre dernier, sur la toile prometteuse d’un sac à dos abandonné dans un centre commercial bostonien, le gentleman sans-abri choisit de restituer son contenu (un kit liberté constitué d’un passeport, de 42 000 dollars et d’une poignée de chèques voyage) à la maréchaussée, sans même songer une seconde à empoigner la main tendue par un destin que nous imaginons passablement vexé à l’heure actuelle, alors qu’il s’était quand même sévèrement saigné pour se racheter.

Quasiment au même instant, mais un océan plus loin, un gérant de bar-tabac galicien confie aux services municipaux une fortune en puissance égarée sur son zinc, comme vous rendriez une moufle à son propriétaire. Mais attention, le genre de moufle capable de changer la vie de tous les buralistes péninsulaires sur quinze générations : un ticket gagnant de 4,7 millions d’euros, certainement gratté par un Coubertiniste déviant, ou un simple amnésique, puisque l’Espagne en crise - passablement vexée elle aussi - attend toujours qu’il se présente aux autorités compétentes.

Le monde est-il devenur fou ?

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Alors que penser de cette épidémie d’honnêteté ? Glen James et Manuel Reija sont-ils de dangereux anarchistes à la solde d’un mouvement de bouleversement des mœurs résolu à bousculer plusieurs siècles de cupidité certes nauséabonde mais profondément durable ? Faut-il y voir un geste politique ou un acte de démence ? Ce que nous savons, c’est qu’il est impossible de combattre ses plus bas instincts sans élever les sourcils et les soupçons de ses contemporains. D’ailleurs, preuve que rien n’est tout à fait gratuit, Glen le héros vient tout juste de récolter 100 000 euros (Soit plus que le double du magot original), généreusement collectés par des compatriotes émus aux larmes. Peut-être avait-il tout calculé, et comptait tout simplement se servir de ce prévisible retour de karma comme d’un boomerang philanthropique. De son côté, Manuel Reija pourrait bien voir une pluie d’or s’abattre malgré tout sur le coin de son portefeuille, puisqu’il sera déclaré titulaire de la somme si le mystérieux vainqueur ne vient pas la réclamer dans les deux ans qui viennent. Dommage qu’elle soit en euros, puisqu’il il y a encore quinze ans, on aurait appelé ça les pesetas de Damoclès.

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