Croyant faire son travail, une femme de ménage s’est débarrassée de deux œuvres d’art contemporain d’un musée Italien. Un geste insouciant qui, bien que maudit par certains, fait la part belle des partisans de cet art au sens et aux codes fort décriés. 

Une autre des œuvres de Paul Branca, dont deux des travaux ont été jetés. © Paul Brance

Depuis le 19 janvier dernier, la femme de ménage d’un musée de Bari, en Italie, est au cœur d’un tollé sur fond d’art contemporain. En cause : celle-ci, croyant faire son travail, s’est débarrassée de deux de ses œuvres, réalisées par l’artiste Paul Branca. Constituées de matériaux de récupération, ces travaux ont été pris pour des détritus par l’employée, qui les a tout simplement jetés à la poubelle. "Je suis allée ouvrir la salle, j’ai vu tout ce foutoir par terre, les cartons, les bouteilles en verre au-dessus des cartons, un vrai bordel. Alors j’ai pris les cartons, les bouteilles, j’ai tout mis dehors", a-t-elle expliqué au journal italien Repubblica.

Une anecdote amusante pour certains, moins pour d’autres. Notamment pour le musée, qui s’est déclaré "fort mécontent" de cet événement. Idem pour la société de nettoyage, dont la compagnie d’assurance se doit désormais de rembourser les 10 000 euros constituant le prix des œuvres détruites.

Une "situation d’ambigüité saine"

Accablée, la femme décline cependant la responsabilité de son geste, qu’elle considère comme inhérente à sa fonction. "Comment j’aurais pu savoir ? Est-ce que je culpabilise ? Non, j’ai simplement fait mon travail. Mais est-ce que je suis triste ? Triste, oui." Cependant, le musée se veut conciliant, et considère que, outre cette perte certaine, celle-ci n’est pas dénuée de sens. "Il est clair que la femme de ménage de la salle ne s’est pas rendue compte qu’elle venait de jeter deux œuvres. Mais c’est là tout le mérite des artistes qui ont su interpréter au mieux le sens même de l’art contemporain, qui est d’interagir avec ce qui l’entoure", a ainsi déclaré son adjoint à la communication.

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Cette vision fait écho à celle du critique Achille Bonito Oliva, qui explique que ce type d’incident découle d’une "situation d’ambigüité saine". Signifiant, en art contemporain, le manque volontaire de délimitation entre l’œuvre et ce qui l’entoure, au point que certains, par manque d’érudition ou de sensibilité, s’y perdent. Selon l’homme, "il est donc facile que le regard trébuche et méprenne une œuvre d’art. Cela est arrivé notamment en 1978 à la Biennale de Venise, quand un peintre en bâtiment avait repeint ce qu’il pensait être une simple porte. C’était un chef d’œuvre de Marcel Duchamp." 

 

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