Soi-disant "fainéants", "violents", "magouilleurs", les Corses sont rarement bien vus par les Français du continent. Ceux-ci sont pourtant fascinés par le peuple insulaire, membres d’une société "à part".

La Corse et ses habitants nourrissent des fantasmes délirants, alimentés par les détails croustillants que relaient les médias. Entre le Front de libération nationaliste corse (FLNC) qui, armé jusqu’aux dents, fustige Daech, et la bataille rangée survenue à Sisco en août, on possède encore l’image d’un lieu où règne la sauvagerie.

Thierry Dominici est chercheur en science politique et en sociologie aux universités de Corse et de Bordeaux. Il évoque une attraction pour la "violence fondatrice" qui est censée régner dans l’île. "Le FLNC est devenu un symbole de rébellion", indique-t-il, et on imagine à tort qu’il représente tous les Corses.

La littérature, notamment avec l’ouvrage Colomba, de Prosper Mérimée, a également innervé cette fascination. En évoquant les "vendettas" et les mafieux, elle "a donné aux Corses un côté 'Robin des Bois', 'libre' ", explique Thierry Dominici. Un idéal sauvage qui a fait fantasmer les continentaux.

Mais ce fantasme de la violence crée une "mise à l’index identitaire", théorisée par le chercheur. Elle désigne l’identité caricaturale assignée aux Corses, qui mine leur légitimité pour les non-insulaires. À cause des préjugés qu’elle véhicule, "le Corse se sent obligé d’être 'courageux', de défendre un prétendu 'honneur corse' ", poursuit Thierry Dominici.

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"Un peuple fier, de lui et de son territoire"

"Si fascination il y a", modère Marina Casula, chercheuse en sociologie à l’université de Toulouse, ce serait envers "un peuple fier, de lui et de son territoire". Cette fierté déclenche à la fois "une certaine sympathie" et "un rejet lié aux préjugés". Elle donne lieu à des "incompréhensions réciproques", qui font passer le territoire insulaire pour un grand inconnu.

Marie Peretti-Ndiaye est docteure en sociologie enseignant dans la région parisienne. Ses recherches ont montré que pour les habitants de l'île, "être Corse relève surtout, et avant tout, d'un rapport affectif au territoire". Comme l’explique Marina Casula, les Corses n’ont pas "l’idée de 'sang corse', mais avant tout celle du 'vivre ensemble' ".

La Corse, microcosme exotique

"Le problème, c’est qu’ils sont sur une île", assène Thierry Dominici. La mer dresse une imposante barrière que les continentaux se sont longtemps refusés à franchir. La Corse est donc restée isolée, inconnue, "exotique", donnant lieu à tous les fantasmes. Cette "frontière géographique" rend encore aujourd’hui les déplacements, et donc les communications, "coûteux, longs" et par conséquent compliqués, explique Marina Casula.

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"L’île de Beauté", comme l’explique Lonely Planet, est un havre ensoleillé. Elle recèle des plages de sable fin, des montagnes escarpées, des maquis, des canyons… Elle a des airs de microcosme, exacerbés par l’insularité. L’endroit semble paradisiaque, inaccessible et imprévisible. Et pour les continentaux, ce trait se transmet à ses habitants.

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