Pour se préparer doucement à la retraite, Paulou a décidé de prendre une journée de repos au milieu de la semaine, laissant à ses jeunes associés le soin de bosser à sa place. Au début, en bonne épouse attentive, soucieuse de sa santé et de son bien-être, j'ai applaudi.

Au secours ! Paulou décroche...

L'homme surmené allait pouvoir souffler, faire un peu de sport et penser à ses coronaires. Je n'avais pas pensé aux miennes.

Celles qui, un beau jour, ont été confrontées à la présence d'un compagnon à la retraite me comprendront. Et celles qui, comme moi, travaillent à la maison, encore mieux ! Dans ma grande innocence, je pensais que l'homme dépourvu de préoccupations professionnelles allait être attentif aux miennes. Grave erreur.

Dès le premier jour de break, Paulou décida de faire des rangements dans ses papiers, étalant ses dossiers sur la moquette du salon. Pour ne rien voir du désordre sans contrarier son envie d'ordre, je fermais doucement la porte de mon bureau. Mais il lui fallait des chemises pour classer ces fameux dossiers, ce qui nécessita trois irruptions dans mon espace travail. "T'as pas des chemises ?" - "T'as pas d'autres couleurs ?" - "T'as des étiquettes ?". Gros Léon, le chat, surpris par ce manège inhabituel se couchait sur les dossiers, ce qui générait toutes les trois minutes une bordée d'invectives envers celle qui avait fait entrer cet animal dans cette maison (en l'occurrence, moi).

A midi et demi, nouvelle incursion dans mon territoire : "Qu'est-ce qu'on mange ?". Je le regarde ébahie. Quelle question ! Moi d'habitude, je me contente d'un sandwich dans la cuisine en étendant le linge. L'homme est horrifié ! Et sa ligne ? Je lui suggère de s'ouvrir une boîte de choucroute. Ce sera chaud, mais question ligne... On trouve un terrain d'entente sur une petite salade légère : œufs durs, avocats, miettes de thon, tomates. "Tu en as pour deux minutes", ose-t-il dire pour me rassurer. Bon, de toute façon, j'ai déjà perdu le fil de mon article.

Après le déjeuner, simple mais bon, d'après son commentaire qui veut être un compliment, je retourne à mon bureau, bien décidée à rester hermétique à toute pollution sonore. Mais Paulou tourne en rond. "Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?". Je suggère à tout hasard une petite visite chez le coiffeur. L'idée plaît. J'en profite pour recommander à Paulou d'acheter quelques pommes pour le crumble que je programme pour le dessert du soir, et un poivron rouge pour égayer la mâche. Je note même la commande sur un papier. Paulou est sorti ! Je me sens souris qui danse pendant que le chat est parti.

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Le temps de terminer l'article en cours et Paulou est de retour. Avec des poires et un camembert, car les pommes avaient mauvaise mine et le camembert était en promotion. Pas de poivron ? Non, il avait oublié la liste sur la commode.